
Dans cette chapelle, surplombée par le vitrail de Saint Pierre, nous sommes invités à recevoir l'appel universel à la sainteté qui est au cœur de l'annonce de l'Evangile qui a débuté dans la Sarthe par la prédication de l'évêque Saint Julien, premier évêque du Mans (IIIe s.-IVe S.).
Romain d'origine, Saint Julien fut consacré évêque à Rome aux alentours de la moitié du IIIe siècle et envoyé en Gaule pour enseigner l’Évangile aux Aulerques Cénomans dont le territoire faisait partie de la Gaule lyonnaise (province romaine de Lugdunensis III). Leur capitale était la civitas Cenomannorum (aujourd'hui Le Mans), qui souffrait à l’époque d’un grave manque d’eau potable. La tradition rapporte qu'il fit jaillir de l'eau de source en un lieu nommé Centonomius après avoir enfoncé sa crosse d'évêque dans le sol et prié.
Saint Jean Paul II a fait partie des pères du concile Vatican II qui ont appuyé un peu plus cet appel universel à la sainteté dans un monde en pleine mutation.
Au début du troisième millénaire, il nous a invité à entrer dans une pastorale de la sainteté : « Demander à un catéchumène : « Veux-tu recevoir le Baptême ? » signifie lui demander en même temps : « Veux-tu devenir saint ? » Cela veut dire mettre sur sa route le caractère radical du discours sur la Montagne : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».
A sa suite, le Pape François précise cet appel par l'exhortation apostolique, Gaudete et exultate, sur la sainteté dans le monde actuel : « Mon humble objectif, c'est de faire résonner une fois de plus l'appel à la sainteté, en essayant de l'insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d'entre nous pour que nous soyons « saints et immaculés en sa présence, dans l'amour » (Ep 1, 4).»
Cette insistance doit effectivement nous interpeller dans notre société où, comme nous le verrons au long de ce pèlerinage, la vie, dans son quotidien, s'est complexifiée par l'idéologie du Progrès née avec la Renaissance.
N'oublions pas « que nous sommes enveloppés « d'une si grande nuée de témoins » (12, 1) qui nous encouragent à ne pas nous arrêter en chemin, qui nous incitent à continuer de marcher vers le but. »
Lorsque des fidèles font l'objet d'une postulation à la béatification, l'Eglise examine la vie du fidèle.
« Lors des procès de béatification et de canonisation, (…) les signes d'héroïcité dans l'exercice des vertus, le don de la vie chez le martyr et également les cas du don de sa propre vie en faveur des autres, y compris jusqu'à la mort. Ce don exprime une imitation exemplaire du Christ et est digne d'admiration de la part des fidèles. »
Mais le Pape nous invite à ne pas rester focalisés sur les saints et saintes proclamés officiellement par l'Eglise :
« Ne pensons pas uniquement à ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés. L'Esprit Saint répand la sainteté partout, dans le saint peuple fidèle de Dieu, car, le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel. Il a voulu en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté » [3].
Le Seigneur, dans l'histoire du salut, a sauvé un peuple. Il n'y a pas d'identité pleine sans l'appartenance à un peuple. C'est pourquoi personne n'est sauvé seul, en tant qu'individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s'établissent dans la communauté humaine : Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d'un peuple. »
Cet appel s'enracine dans notre désir du bonheur et trouve son achèvement dans la béatitude éternelle où chacun verra Dieu face à face éternellement :
« Ce désir est d'origine divine : Dieu l'a mis dans le cœur de l'homme afin de l'attirer à Lui, qui seul, peut le combler. Cette béatitude est anticipée par Les béatitudes qui répondent au désir naturel de bonheur.
Elles sont au cœur de la prédication de Jésus » :
Bienheureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux.
Bienheureux les doux, car ils possèderont la terre.
Bienheureux les affligés, car ils seront consolés.
Bienheureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.
Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Bienheureux les persécutés pour la justice, car le Royaume de Dieu est à eux.
Bienheureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi.
Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »
« Le désir du bonheur véritable dégage l'homme de l'attachement immodéré aux biens de ce monde, pour s'accomplir dans la vision et la béatitude de Dieu. »

La promesse de voir Dieu dépasse toute béatitude. Dans l'Écriture, voir c'est posséder. Celui qui voit Dieu a obtenu tous les biens que l'on peut concevoir » Les béatitudes découvrent le but de l'existence humaine, la fin ultime des actes humains : Dieu nous appelle à sa propre béatitude.
Cette vocation s'adresse à chacun personnellement, mais aussi à l'ensemble de l'Église, peuple nouveau de ceux qui ont accueilli la promesse et en vivent dans la foi. »
En conséquence, « la béatitude promise, nous place devant les choix moraux décisifs.
Elle nous invite à purifier notre cœur de ses instincts mauvais et à rechercher l'amour de Dieu par-dessus tout.
Elle nous enseigne, que le vrai bonheur ne réside ni dans la richesse ou le bien-être, ni dans la gloire humaine ou le pouvoir, ni dans aucune œuvre humaine, si utile soit-elle, comme les sciences, les techniques et les arts, ni dans aucune créature, mais en Dieu seul, source de tout bien et de tout amour ».
Ainsi la sainteté du peuple de Dieu s'épanouit en fruits abondants, comme en témoigne avec éclat l'histoire de l'Église par la vie de tant de saints (LG 40).
« Le progrès spirituel tend à l'union toujours plus intime avec le Christ. Cette union s'appelle » mystique « , parce qu'elle participe au mystère du Christ par les sacrements – » les saints mystères » – et, en Lui, au mystère de la Sainte Trinité.
Dieu nous appelle tous à cette intime union avec lui, même si des grâces spéciales ou des signes extraordinaires de cette vie mystique, sont seulement accordés à certains, en vue de manifester le don gratuit fait à tous. »
« Pour être saint, il n'est pas nécessaire d'être évêque, prêtre, religieuse ou religieux », « nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes ».
« La sainteté est le visage le plus beau de l'Église. »
Prière pour demander la sainteté :
« Ô Dieu qui es le Saint des Saints, et la sainteté même, sanctifie-moi par ton Esprit, afin que je sois en état d'entrer dans l'héritage préparé à tes saints, et de voir ta face, que l'on ne peut contempler sans la sanctification.
Éclaire-moi de tes lumières qui procèdent de ton trône ; afin que je découvre toutes les difformités du péché, et que je le déteste comme un monstre, comme une souillure abominable, qui a effacé ton image, comme le fardeau insupportable sous lequel toute la nature gémit, et comme le plus dangereux ennemi, qui a crucifié le Seigneur de gloire.
Fais-moi aussi remarquer les beautés de la sainteté, qui est un rayon de ta gloire, et une partie de la félicité à laquelle j'aspire, afin que je désire avec ardeur d'être saint comme tu es saint.
Arrache mon mauvais cœur et donne m'en un nouveau qui brûle d'un saint zèle, et qui soit embrasé de ton amour.
Crucifie cette misérable chair que je porte, avec ces convoitises, afin que je ne vive plus moi, mais que ton Christ vive en moi et que toutes mes pensées, toutes mes paroles et toutes mes actions soient saintes ; que non seulement j'abhorre les souillures du vice, mais que je haïsse même la souillure du moindre péché et que je m'abstienne de toute apparence de mal.
Puisque ta grâce, salutaire à tous les hommes, m'est si clairement apparue, fais que, renonçant à toute impiété et aux convoitises mondaines, je vive sobrement, religieusement et justement, en attendant la bienheureuse apparition de ton cher Fils. Amen. »
Ou : « Seigneur Jésus, j'écoute à nouveau aujourd'hui ton appel à la sainteté. Je sais que tu ne me demandes jamais quelque chose sans m'en donner les moyens.
Je suis pauvre et petit, mais ta grâce est abondante. Merci, Seigneur, pour ton amour et ton soutien sur ce chemin vers la sainteté. Je veux renouveler dès maintenant mon engagement à rechercher la sainteté en t'offrant un cœur mieux disposé. Donne-moi la grâce de vivre les attitudes du cœur que tu me recommandes dans les béatitudes et de les mettre en pratique dans ma vie quotidienne. »



