Les églises du Mans et de Paderborn,
une amitié
millénaire !
Le jeudi 24 juillet, le
calendrier liturgique du diocèse du Mans indique :
« saint Liboire, évêque du Mans ». Le
dimanche 27 juillet, le diocèse de Paderborn, en Allemagne, lors du
« Liborifest », invoque saint Liboire comme son saint
Patron et fondateur. En 836, les reliques de saint Liboire, 4°
évêque du Mans, furent en effet transférées
du Mans à Paderborn en Westphalie (Allemagne). Il devint le patron
de la cathédrale, de la ville et du diocèse de Paderborn. Lors de
la remise des reliques, un pacte « d’éternelle alliance
et d’amitié » fut conclu entre les deux
diocèses, resté vivant jusqu’à nos jours, en
dépit des vicissitudes et bouleversements ayant marqué
l’histoire de la France et de l’Allemagne. C’est l’un
des plus anciens jumelages d’Europe. Étonnant !
« Ami
de Louis le Pieux, Badurad, un Saxon né à Enzern,
éduqué dans la psallette franque de Würzburg, fut
nommé évêque du nouveau diocèse de Paderborn en 815
par le roi. Sept ans plus tard en 822, Aldric, un autre Saxon qui avait fréquenté
la psallette d'Aix-la-Chapelle et était devenu directeur de celle de
Metz, fut nommé évêque du Mans par le même Louis
le Pieux dont il était devenu le conseiller et le confesseur.
Au
synode d'Aix, en 836, les deux amis se retrouvèrent et influencèrent
grandement cette assemblée.
Or
les Saxons, selon une vie de saint Liboire (remise par J. Bolland au
légat du pape à Münster, au cours du congrès qui
mettait fin à la guerre de Trente Ans) bien que soumis par les armes de
Charlemagne, manquaient souvent à leurs engagements envers le Christ,
tant à cause d'une certaine faiblesse de tempérament que d'une
inconstance qui les ramenaient sans cesse aux rites ancestraux. Ils avaient
donc besoin de preuves concrètes et solides pour étayer leur foi,
ainsi que d'exemples de courage, de générosité et de
piété.
Soucieux
de lier l'évangélisation de son diocèse à la
succession apostolique des évêques fondateurs, Badurad vit donc
dans la nomination de son ami Aldric, au siège du Mans, une sorte
de fraternité providentielle et prophétique pour son propre
diocèse.
Le Mans
vénérait saint Julien et ses reliques ; Paderborn pouvait en
raison de leurs liens, vénérer les reliques d'un
évêque du Mans devenu célèbre et connu (le
quatrième) : saint Liboire.
Il
était mort en 397 après quarante-neuf années
d'épiscopat fructueux et avait "trépassé" en
présence du non moins célèbre Martin, évêque
de Tours.
Ainsi
fut décidée la translation des reliques de cet
évêque à Paderborn ; reliques nécessaires
à la consécration de l'autel épiscopal, reliques insignes
de la communion des Églises : c'était en mai 836.
Cette
translation solennelle se déroula en plusieurs temps : d'abord
au Mans "l'élévation des ossements contenus dans la
basilique Saint-Victeur, puis le transfert dans la cathédrale construite
par saint Aldric ensuite procession jusqu'à la basilique Saint-Vincent
où s'opéra la remise réelle des reliques".
Après
le vœu solennel "d'une fraternité d'amour perpétuel
entre Paderborn et Le Mans", le départ eut lieu par
Yvré-l'Evêque et Saint-Mars-la-Brière…» (1)
•
En 1647, au moment de l'élaboration du Traité de Wesphalie, sur
la demande du Chapitre de Paderborn, le Chapitre du Mans intervint
auprès de Louis XIV pour que le "Grand Évêché"
ne soit pas rattaché à la Hesse, protestante, comme cela
était prévu ;
•
En 1792, Monseigneur de Jouffroy-Gonssans, évêque du Mans,
obligé de s'exiler, trouve asile à Paderborn où il mourut
en 1799. Il est enterré dans la cathédrale de Paderborn.
•
En 1870, la guerre franco-allemande amène quelques soldats de Paderborn
jusqu'au Mans. Un aumônier militaire prussien originaire de Paderborn, se
trouve à Lhomme et demande l’aide du curé de la paroisse
pour assister les blessés. Tous deux s’expriment en latin.
Dès que le curé comprend que cet aumônier est originaire de
Paderborn, il s’exclame : « Ah, confraternité St
Liboire ! Nos sumus fratres !» (Nous sommes frères).
•
En 1867, l’évêque auxiliaire de Paderborn Mgr Freusberg
demande à Mgr Fillion du Mans, de bien vouloir l’aider
financièrement à restaurer sa cathédrale. Ce dernier,
à son grand regret, ne peut donner une suite favorable à cette
requête, tellement il est, lui, préoccupé par la détresse
financière du St Siège… C’est Mgr Fillion qui
entreprit en 1872 la construction de la basilique Notre-Dame du
Chêne !
•
En avril 1877, l’évêque de Paderborn en exil pendant le
Kulturkampf est reçu par le chapitre de la cathédrale
du Mans avant d’aller passer cinq jours à Solesmes.
•
Après la guerre de 1914-18, les échanges entre Le Mans et
Paderborn se sont raréfiés. Cependant, en 1930,
l'évêque de Paderborn annonce à celui du Mans que son
diocèse est élevé au rang d'archevêché. En
1936, le onzième centenaire de la Translation du corps de Saint Liboire,
des représentants de l'Église du Mans, Mgr Coulon et le
chanoine Leroux sont à Paderborn et en 1938 Mgr Baumann,
évêque auxiliaire et le prévost Mgr Simon viennent
à leur tour en visite au Mans. Chaque diocèse s'engage
même à donner à l'autre un diacre.
•
1940-44 : l'abbé Franz Stock, originaire de Paderborn,
aumônier des 3 prisons de Paris, est pour beaucoup de prisonniers, tant
allemands que français, le seul lien, parfois mal compris, avec
l’extérieur. En 1944, il fut choisi comme supérieur du
« séminaire des barbelés » de Chartres qui
permit à plus de 900 séminaristes de continuer leurs
études théologiques.
•
En 1946, à Mulsanne, où se tient un camp de 6 000 prisonniers
allemands, un prêtre de Paderborn, l'abbé Henri Diebecker, est
affecté comme aumônier volontaire. Il joua un rôle
éminent pour rassembler dans la paix et l’unité les jeunes
d’Allemagne et de France. En 1953, commencèrent les rencontres de
jeunes catholiques des deux diocèses, qui se poursuivirent tous les deux
ans, tantôt à Paderborn, tantôt au Mans…
•
En 1954, dans un esprit de réconciliation et de réparation, une
partie de l’Église Ste Thérèse du Mans est
financée par l’Église d’Allemagne, construite et
aménagée par des équipes d’ouvriers allemands et de
chrétiens de la paroisse…
•
En 1960, le curé de la Cathédrale de Paderborn a l'idée de
fonder une "fraternité sacerdotale" unissant les prêtres
des deux diocèses. Les curés des deux cathédrales en
furent les fondateurs et les premiers présidents : Mgr Antoine
Schwingenhauer et Mgr Charles Leboisne. À la suite des liens
tissés par cette fraternité, depuis les années 60,
très fidèlement, des Sarthois vont au
« Liborifest », fin juillet à Paderborn, et des
diocésains de Paderborn se rendent à la « saint
Julien » au Mans, fin janvier.
•
En 1961, Mgr Jaëger, archevêque de Paderborn, vient consacrer
la nouvelle église saint Liboire au Mans, construite grâce
à la solidarité de la Jeunesse Catholique Allemande du
diocèse.
•
Le 3 juin 1967, les deux villes du Mans et de Paderborn sont
officiellement jumelées. M. Tölle, bourgmestre de Paderborn coupa
le ruban symbolique qui fermait « l’avenue de
Paderborn ». M. Jaques Maury, maire du Mans, souhaita
« qu’elle soit entre nos deux villes un trait d’union en
vue de connaître définitivement ce bien infiniment
précieux : la paix ». Le dimanche 4 juin, le
cardinal Jaëger présida la messe concélébrée
avec Mgr Chevalier : « Plus nous vivrons dans
l’amour du Christ, plus nous serons proches les uns des autres.
C’est le fondement du jumelage Le Mans - Paderborn qui sur cette
base devra durer éternellement ». Depuis cette date, le
nombre des appariements de sociétés, de groupements,
d’établissements scolaires, de clubs divers dépasse
maintenant la soixantaine. Ils concernent plus de 2000 jeunes et adultes chaque
année avec près de 50 rencontres…
•
Mgr Degenhardt, archevêque de Paderborn, a créé en
1977 la « Médaille Saint Liboire pour l’Unité et
la Paix » décernée tous les 5 ans à une
personnalité s’étant acquis des mérites pour
l’unification de l’Europe sur la base des principes
chrétiens.
•
Après l’ouverture du Mur de Berlin en 1989 la partie Est du
diocèse, plus étendue (4 M d’habitants et seulement
250 000 catholiques, terre de mission et terre de saints : Norbert,
Mechtilde, Gertrude), a été érigée en
évêché. Devenu évêque de Magdebourg,
Mgr Nowak, a participé à la St Julien en 1994…
Le rayonnement de Saint Liboire
La tradition veut
que saint Liboire intercède pour les pèlerins afin "qu'ils
n'aient ni crise, ni cailloux"; il n'est donc pas étonnant qu'on
retrouve son culte et ses reliques dans les villes d'eaux comme
Contrexéville dans les Vosges, comme Paderborn, Bad Wildungen, Split en
Croatie. Dans un article du Westfäliches Volksblatt paru en 1985 on peut
lire ceci : "En Yougoslavie, il y a vingt six lieux où saint
Liboire est honoré : ils se situent dans les diocèses de
Split, Dubrovnik et Hvar, sur la côte dalmate et dans la péninsule
de Peljesac où six localités lui rendent un culte. Les plus
anciennes traces de ce culte datent du XVII siècle. En Allemagne,
vingt-huit localités honorent ce saint.
On
parle de plus d'une centaine d'églises ou chapelles, en Autriche,
à Malte, en Espagne et au Portugal, en Italie, plus qu'en France,
dédiées à ce saint. (1)
Mgr Gilson,
ancien évêque du Mans, a dit :
« Dieu
est le grand absent des instances officielles qui entendent construire
l’Europe nouvelle. Devant le puzzle trop souvent détruit,
dispersé de la carte des pays de l’Europe, il est utile de
rappeler que le ciment de la construction de la maison commune, c’est la
Foi. L’intelligence des peuples est en éveil.
« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole
qui sort de la bouche de Dieu. »
Le
Cardinal Degenhardt, archevêque de Paderborn, a dit à Metz,
lors
de la réception de la médaille d’Or Robert Schuman :
«Je
crois qu’il s’agit là de la plus ancienne convention en
Europe. Je n’en
connais pas de plus ancienne. Cette continuité à travers tant de
siècles, malgré des contrecoups, des guerres et des
inimitiés entre les deux peuples, a aussi pour notre époque sa
signification symbolique.
Les
évêques Aldrich du Mans et Badurad de Paderborn n’ont
sans doute pas pu imaginer, malgré leur clairvoyance et la force de leur
foi, que ce contrat se perpétuerait aussi longtemps comme signe
d’une communauté occidentale, et que leurs
évêchés se retrouveraient, après plus de 1150 ans,
non pas dans un empire, mais dans une communauté européenne
démocratique »
(1)
Maurice Balavoine,
Le Mans-paderborn. Dans l’Europe, une amitié
séculaire. 1994, 111 pages, 75F. En vente à
l’évêché du Mans. Cette fiche s’inspire en
grande partie de la documentation proposée dans ce livre.
Vous pouvez trouver dans la page « chapelets
du mois » une méditation du chapelet pour la fête de saint Liboire.