Chemin de croix
du Jubilé des familles
Michel Schooyans
1. La Transfiguration
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons,
parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation
L’annonce répétée de la Passion était
bien difficile à accepter par les apôtres. Ça frisait la
provocation. L’Évangile nous rappelle souvent la répulsion
que suscitait en eux l’idée d’un messie souffrant et
humilié.
Ils avaient certes été témoins de
guérisons et de bien d’autres miracles ; ils avaient vu des gens
changer de vie à l’appel de Jésus. Eux-mêmes,
après tout, avaient tout laissé pour le suivre. Mais
Jésus, qui lit dans leur cœur, sait combien leur foi est fragile.
« Vous n’avez pas encore compris ? »
Alors, le Seigneur emploie les grands moyens. Il convoque
Pierre, Jacques et Jean sur une haute montagne. Il lève le voile sur la
splendeur de sa gloire. Il transforme leur regard. Il leur ouvre tout grands
les yeux de la foi. Il se montre à eux tel qu’il est, qu’il
a été et tel qu’il sera dans les siècles des
siècles.
Joyeuse lumière, Splendeur éternelle du
Père,
Saint et bienheureux Jésus-Christ !
Prière
Seigneur, donne-nous un regard nouveau pour que nous croyions fermement
que tu es venu essuyer toute larme. Donne-nous un cœur nouveau pour que
nous puissions t’aimer davantage et te suivre partout où tu iras.
Qu’au moment où nous sommes tenaillés par le doute,
l’épreuve ou le désespoir, nous fixions notre regard
ébloui sur le buisson ardent de ton amour.
2. La dernière Cène
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation L’attitude de service de Jésus au
lavement des pieds, il va la porter à son accomplissement une fois pour
toutes le vendredi saint, dans son abandon sans réserve à la
volonté du Père. Entre le lavement des pieds et la Croix, la
célébration de l’eucharistie par le prêtre est la
représentation, « jusqu’à ce qu’il revienne
», de l’offrande intérieure que Jésus fait de
lui-même le jeudi saint. Elle est communion à cette volonté
de service, poussée jusqu’au sacrifice de soi. Elle est communion
au corps et au sang de Jésus, dissociés au calvaire, mais
réunis dans la nuit de Pâques. Les rites liturgiques
eux-mêmes célèbrent cette réunion et soulignent que
le Corps et le Sang de Jésus nous font communier, d’un même
mouvement, à la passion et à la résurrection du Sauveur.
Vraiment, le pain et le vin consacrés, que nous recevons des mains du
prêtre, sont le corps et le sang du Ressuscité.
La nuit qu’il fut livré le Seigneur prit du
pain,
En signe de sa mort le rompit de sa main,
Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne,
Afin de racheter tous mes frères humains.
Prière Seigneur Jésus, nous te rendons
grâces pour le don de ton Corps et de ton Sang. Notre cœur fond de
reconnaissance pour le don perpétuel de toi-même que tu as
institué à la Cène. Donne à nos prêtres, que
tu as établis à l’ombre de ta Croix, d’être des
témoins fidèles de ton amour. Configure-les à toi !
Fais-les progresser dans la connaissance du mystère de ta foi !
Révèle-toi à eux !
Donne-nous d’accueillir, par leur ministère, ta
Parole douce et forte, ton Pardon qui relance notre marche, le Pain et le Vin
consacrés qui nous rappellent que l’heure s’avance et que
bientôt paraîtra ton jour.
Donne-nous la grâce d’un cœur brûlant
à ton écoute lorsque tu nous parles dans l’Écriture,
la grâce d’un cœur prompt à te reconnaître
à la fraction du pain.
3. Le reniement de Pierre
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation Le pêcheur de Galilée
s’empêtre dans la dérobade, le mensonge, le reniement. Il
oublie l’engagement qu’il avait pris de suivre Jésus partout
où il irait. Niée, l’évidence de l’accent
trahissant le disciple ! Pierre est rejoint, le temps d’un regard, par la
meute déchaînée. Il ne comprend plus rien. À sa
façon, il est embarqué dans un chemin de Croix parallèle
à celui de son Maître. Car le Maître ne va pas tarder
à le rattraper, lui le pécheur, dans les filets de la
miséricorde. Mûri par les larmes amères et par le pardon,
il pourra recevoir sa mission définitive : être témoin du
tombeau vide, manger et boire avec le Ressuscité, confirmer ses
frères, et enfin donner le témoignage suprême qui
achève de configurer le disciple à son Maître.
Je ne fais pas le bien que je voudrais,
Je fais souvent le mal qui te déplaît,
Mais j'ai confiance
et
je viens vers toi sans peur,
Car ton amour
est
plus grand que mon coeur.
Prière Seigneur, j’ose à peine te le
dire, mais je te remercie pour le reniement de Pierre. D’abord parce que
tu lui as pardonné et qu’il s’est repenti. Toi qui si
souvent me pardonnes, donne-moi donc les larmes d’une vraie repentance.
Donne-moi de confesser, comme Pierre, que tu es le Fils de Dieu, le Seigneur au
regard plein de clémence. Alors je pourrai sans crainte avouer mes
lâchetés, celles du respect humain, celles des omissions, celles
de la mauvaise foi, celles des adultères de toute sorte, celles des
travestissements de la vérité, celles des tricheries et des
truquages en tout genre.
4. Jésus est condamné à mort
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation Curieux homme, ce Pilate. Madré ?
Sûrement. Philosophe dilettante et désabusé ? Sans doute.
Il lui arrive même de poser la bonne question : « Qu’est-ce
que la vérité ? » Or, la Vérité était
devant lui. Mais entre lui et Jésus, il y avait le souci de la
carrière, de l’avancement. Il fallait plaire à
l’empereur, surtout ne pas faire de vagues, et faire le nécessaire
pour contenter la foule. Dans son cœur, il n’y avait plus de place
pour cette vérité qu’il prétendait chercher. Lui
reste alors la liberté, sa liberté blessée, celle du
pouvoir discrétionnaire : la liberté d’être
lâche. Celle de permettre l’exécution de l’Innocent.
Liberté misérable d’un manipulateur d’opinion, qui
livre à la mort celui-là même qui n’attendait
qu’un geste pour donner à cet opportuniste l’occasion
d’entrer dans l’histoire comme le patron des magistrats
intègres et justes.
Adorons le corps très saint du Christ
l’Agneau de Dieu,
Le corps très saint de celui qui s’est
livré
pour notre salut.
Prière Seigneur, nous te prions pour nos gouvernants,
les rois et les reines, tes présidents, les ministres,
députés, sénateurs, préfets, gouverneurs,
présents et à venir, ainsi que pour les médecins, pour les
juristes, pour les hommes d’affaires, pour les journalistes, les
philosophes et autres leaders d’opinion, ainsi que pour les pasteurs et
pour les théologiens. Donne-leur, Seigneur, un cœur ouvert à
la vérité et à la justice. Donne-leur de ne point abuser
de leur liberté en donnant leur caution à la culture de la mort.
Garde-les, Seigneur, de jamais se laisser corrompre par l’argent,
séduire par la volupté du pouvoir ou griser par le souci de
popularité.
5. Jésus est chargé de sa Croix
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation La Croix était le privilège de
l’esclave. Il fallait donc tenter de retirer à Jésus
l’apparence humaine en le souffletant, en le flagellant, en le couronnant
d’épines, en lui donnant un roseau pour sceptre et un manteau
écarlate, le tout pour moquer sa Royauté divine. Il fallait
qu’il morde la terre : l’humilier ; il fallait essayer d’en
faire un sous-homme : un esclave.
S’acharner à le priver de sa dignité
d’homme pour être sûr qu’il ne refléterait plus
rien de sa condition divine. Et dans le projet - d’emblée
voué à l’échec - de consommer cette destruction, il
fallait l’exposer, jusqu’à ce que mort s’ensuive, sur
le bois du supplice.
O Croix sagesse suprême,
O croix de Jésus-Christ ! (bis)
Le Fils de Dieu lui-même
Jusqu’à la mort obéit;
Ton dénuement est extrême
O Croix de Jésus-Christ !
Prière
Seigneur, depuis que tu as été chargé
de la Croix, les procès visant à détruire l’homme
n’ont pas cessé de se raffiner. Nous sommes témoins,
Seigneur, de ta passion qui se poursuit dans ceux que le monde méprise
et auxquels tu t’es identifié.
Pourtant, Seigneur, ta Croix victorieuse donne non seulement
un sens à nos souffrances, mais brille plus que jamais comme le signe de
toute espérance. Depuis ta Résurrection, l’instrument de
ton supplice signifie ta victoire sur la mort. Ta Croix royale projette la
lumière de Pâques sur toutes les violences et elle en
dévoile à jamais l’injustice.
Défi à la méchanceté des hommes,
ta Croix nous dit que Dieu est fidèle à ses promesses, et que,
n’en déplaise aux cœurs endurcis, l’Amour
miséricordieux aura le dernier mot.
6. Jésus rencontre sa Mère
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation
Voilà où conduit la foi de Marie, la Fidèle. Elle
aurait bien voulu, elle aussi, porter la Croix de son Enfant, mais Simon va se
charger de cet office. Alors Marie est totalement libre pour fondre
l’offrande d’elle-même dans l’offrande que son Fils
allait faire de lui-même. Elle glisse toute la souffrance du monde au
cœur de la souffrance du Sauveur. Dans la nuit de sa foi, elle offre au
Père ce qu’elle a de plus précieux, Jésus, le fruit
béni de ses entrailles, celui qu’elle a nourri, bercé,
présenté au Temple, cherché parmi les docteurs, et qui est
aussi celui qu’elle continue de materner aujourd’hui, comme elle
nous maternera à l’heure de notre mort.
Elle ne pouvait être absente de cet
événement puisque, par sa Conception Immaculée, elle en
était la première bénéficiaire. En elle, et ici, se
manifestait le cœur maternel de Dieu.
Vierge au coeur transpercé,
viens guider nos pas;
Vierge au pied de la croix,
éclaire notre route;
Vierge de ceux qui souffrent,
donne-nous ton Fils.
Prière Marie, il nous arrive souvent de ne savoir que
dire devant la souffrance. Que dire à une maman qui vient de perdre son
enfant ? À une épouse dont le mari est paralysé à
vie ? Comment parler à un malade en phase terminale ?
Qu’allons-nous dire à un homme que sa femme vient
d’abandonner ? Ou à un grand-père qui ne reçoit
jamais la visite de ses enfants ? Toi-même, dis-nous, qu’as-tu bien
pu dire à ton Fils ?
Si l’Évangile est discret sur ce dialogue,
c’est sans doute pour que nous apprenions de toi le secret de la
compassion. Être là, près de celui qui souffre, être
là présent d’une présence discrète, attentive
et affectueuse.
Être tout près pour partager sa douleur, pour
lui dire qu’il n’est as seul à porter sa Croix, pour lui
dire que l’’épreuve n’ôte rien à sa
dignité, qu’il a toujours le même prix aux yeux de Dieu et
aux nôtres.
7. Jésus tombe sous la Croix
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation
La face contre terre, sur les cailloux, il voit défiler tous les
péchés du monde, les péchés de tous les temps, y
compris du nôtre : les injustices sociales, l’abîme
scandaleux entre les pauvres et les riches, la faim, la pauvreté, le
chômage, les maladies, la misère, l’ignorance, la violence,
la guerre. Il voit dépérir des mioches qui mourront avant
d’avoir un an. Il voit que les gens mesurent la valeur des autres au
profit qu’ils peuvent en tirer, au plaisir qu’ils peuvent en
obtenir. Comme si les hommes et les femmes étaient des marchandises. Il
voit que le monde est impitoyable, qu’il n’y a pas de place pour
les faibles, qu’ils sont de trop, qu’il faut les exclure, les
empêcher de naître, de vivre et de travailler. Les machines les
remplaceront et ne demanderont pas à être aimées : elles
seront moins chères. Jésus lui-même était victime de
sa faiblesse consentie. Il aurait pu convoquer les milices célestes,
mais il repousse sèchement cet abus de pouvoir divin.
Simon, qui voyait Jésus pleurer, attribua ces larmes
au poids de la Croix. Il avait raison, bien sûr. Mais, pour le Cœur
de Jésus, le bois de son supplice était peu de chose au regard
des péchés du monde. Seigneur, aie pitié des pécheurs
que nous sommes.
Kyrie eleison, Christe eleison, Kyrie eleison.
Prière Seigneur, tu as accepté
d’être écrasé par le poids de ta Croix, par le poids
des péchés du monde. Donne-nous de comprendre que notre
responsabilité est gravement engagée dans les injustices et les
violences multiples de la société. Apprends-nous à les
voir en face, à les dénoncer avec courage, a y remédier.
Aie pitié de nous, Seigneur ! Tu nous as donné
tout ce qu’il faut pour que nous soyons heureux. Aie pitié de nous
! Non seulement nous avons dilapidé notre héritage, mais nous
avons battu les serviteurs du maître de la vigne, et tué son Fils,
qu’il nous avait envoyé
8. Jésus console les femmes de Jérusalem
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation Ces femmes en grand nombre, nous dit saint
Luc, se frappaient la poitrine en voyant Jésus porter sa Croix.
Mais Jésus les invite à aller plus loin,
à découvrir leur part de responsabilité dans cette
condamnation. Il inverse le rapport de compassion, car il lit dans leurs
cœurs comme il avait lu dans le cœur de la femme adultère et
dans celui des juges qui voulaient la condamner. À l’heure
où il va en découdre avec la mort, Jésus lance à
ces femmes une ultime et solennelle invitation à la repentance. Une
invitation qui, traversant les siècles, s’adresse aux enfants
prodigues que nous sommes, et qui nous fait toucher du doigt la patience
infinie de notre Dieu.
Changez vos coeurs,
croyez à la Bonne Nouvelle,
Changez vos coeurs,
croyez que Dieu vous aime.
Je ne viens pas pour condamner le monde,
Je viens pour que le monde soit sauvé.
Prière Seigneur, toi qui sondes les cœurs, tu
sais que nos familles sont visitées par des croix de toutes sortes et
blessées par le péché. Toi qui nous offres toujours ta
miséricorde, donne aux époux séparés la force
d’un pardon crucifiant mais libérateur. Toi qui veux
qu’aucune brebis ne se perde, donne à nos communautés de ne
pas marginaliser ceux et celles qui se sont laissé entraîner dans
une nouvelle union. Toi sur qui Marie et Joseph ont veillé avec
tendresse, protège les enfants abandonnés et ceux qui sont
ballottés au gré des nouvelles unions de leurs parents. Toi qui
as pardonné à la Samaritaine, mets toutes nos sœurs à
l’abri de l’exploitation et de la violence. Toi qui as
été abandonné, réconforte par ta parole et par tes
sacrements celles et ceux qui ont été abandonnés
injustement et qui restent malgré tout fidèles à leurs engagements.
Donne-leur Seigneur, la force nécessaire pour élever leurs enfants
dans le respect de ton saint Nom.
9. Simon, le Cyrénéen
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation Comme d’habitude, Simon, celui de
Cyrène, avait eu une rude journée. Pour faire fructifier son
lopin de terre, il avait supporté le poids du jour et de la chaleur. Et
voilà qu’un grognard le harponne : « Toi, Simon, en route !
» C’est comme ça que, par bourreau interposé, le Cyrénéen
a été appelé, non sous les drapeaux, mais sous l’étendard
glorieux du Roi. Drôle de vocation, mais qui fait figurer son nom
à la première page du Livre où le nom des élus est
inscrit dans les cieux.
C’est ainsi que Simon mit ses pas dans les pas de
Jésus, sans comprendre, à ce moment du moins, qu’il représentait
d’avance tous ceux qui ajouteraient ce qui manque à la Passion de
Jésus pour que le monde soit sauvé. Au nom de tous
ceux-là, Simon rendait humblement la politesse à l’Agneau
vainqueur, qui était venu planter sa tente parmi nous et se charger des
péchés du monde.
Où sont amour et charité,
Dieu lui-même est présent,
Car l’amour est de Dieu,
Car Dieu est amour.
Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit
Ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas;
Voilà le commandement que nous avons reçu de
lui,
Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.
Prière Seigneur, par l’exemple de Simon de
Cyrène, tu nous invites à unir notre croix à la tienne.
C’est nous faire beaucoup d’honneur que de nous associer par
là à la rédemption du monde.
Pourtant, Seigneur, puisque la Croix t’a fait peur, tu
comprendras que nous redoutions les nôtres. Le poids de la maladie, des
malformations, l’attente angoissée d’un enfant, les
handicaps physiques et mentaux, les séquelles d’accidents, les
deuils, et l’évidence de la mort qui marche vers nous...
Pitié, Seigneur !
Donne-nous aussi, Seigneur, d’aider les autres
à porter leurs croix. Merci, Seigneur, de nous appeler à
supporter nos épreuves et à partager celles des autres, car nous
croyons que tu t’es fait pour nous le Cyrénéen qui nous
conduit vers l’autre rive.
10. Les saintes femmes
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation L’Évangile ne dit ni combien
elles étaient, ni qui elles étaient. En revanche,
l’Écriture ne laisse aucun doute sur leur détermination.
Liberté étonnante de ces femmes, qui prennent tous les risques et
que rien ne parvient à intimider !... « J’ai cherché
celui que mon cœur aime. »
Au tournant d’une venelle, voilà que surgit,
doux mais inébranlable, ce commando de la compassion. Un collectif de
quelques femmes. L’une d’elles, au nom prédestiné,
s’appelait, dit-on, Véronique. Sur le linge avec lequel elle
éponge le visage du Supplicié s’impriment les traits du
dissident qu’elles ont tant de fois entendu, si souvent suivi, et
qu’elles aiment comme jamais elles ne l’avaient aimé.
Je cherche le visage,
le visage du Seigneur,
Je cherche son image,
tout au fond de vos coeurs
Prière Seigneur, donne à nos sœurs
d’être, dans ce Monde de violence en tout genre, des colonnes de
tendresse. Tu les as faites belles, comme ta Mère, parce que c’est
elles que tu as associées le plus étroitement à
l’œuvre de la Création. Tu les as faites aimables et aimantes
pour qu’elles accueillent la vie dans leur cœur et dans leur corps.
Tu les as faites compatissantes pour qu’elles puissent accueillir la
souffrance humaine et la consoler. Donne-leur, Seigneur, d’aussi engendrer
leurs enfants à la vie des enfants de Dieu.
Protège-les, Seigneur, contre toutes les entreprises
qui s’appliquent à geler en elles la fibre de l’amour
maternel ou à les déposséder de la capacité
d’être mères. Et à celles qui ont rejeté la
vie à peine éclose en elles, montre, Seigneur, ta face
miséricordieuse, et suscite en elles l’espérance de voir un
jour l’enfant auquel tu as le premier ouvert les bras.
11. Jésus meurt sur la Croix
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation La Croix est enfin érigée et,
juché sur ce trône dérisoire, Jésus embrasse toute
la misère du monde. Au pied de la Croix, se trouvait Marie, debout. Elle
aurait pu tenter un ultime recours, aller parlementer avec le gradé
chargé d’orchestrer la mise à mort de l’Agneau de
Dieu chargé des péchés du monde. Mais elle sait que tout
doit s’accomplir conformément aux Écritures, et que donc
elle doit être forte jusqu’au bout, pour que son Fils, lui aussi,
soit fort jusqu’au bout.
Et à Jean, Jésus dit : « Voici ta
Mère », pour que les hommes sachent que si Dieu s’est fait
proche des hommes en passant par Marie, c’est aussi en passant le Cceur
de Marie que les hommes sont invités à pénétrer
dans le Cœur de Dieu.
« Alors Jésus dit : « Tout est accompli.
» Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. »
Nous chantons la Croix du Seigneur,
Qui se dresse sur l’univers,
Comme un signe éclatant,
de la gloire de notre Dieu.
Prière Ô Jésus, tu as connu sur la Croix
ton ultime tentation, la plus terrible, celle de te croire abandonné du
Père. Lorsque cette tentation s’insinue en nous, fortifie,
Seigneur, notre foi et notre espérance.
Toi, l’Innocent absolu, tu as été
déclaré coupable par une foule braillarde et frappée de
démence contagieuse : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »
C’est tout ce qu’elle savait hurler. Or dans nos pays, et parfois
dans nos familles, le drame du vendredi saint se répète dans
l’élimination furtive des saints Innocents.
Face à la culture de la mort, donne-nous et donne
à nos pasteurs la force d’être des veilleurs capables
d’aboyer. Accorde-nous l’audace d’être à ta
suite des signes de contradiction et de division face à ceux qui croient
pouvoir encore te mettre à mort en mettant à mort tant
d’innocents, dont les anges contemplent ta face dans les cieux.
12. La descente de Croix
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation
« Le centurion, écrit l’évangéliste,
glorifiait Dieu en disant : « Réellement, cet homme était
un juste ! » » Et voilà comment ce soldat inconnu a
reçu pour solde la grâce de la foi et discerné que ce
supplicié était venu apporter le bonheur.
« Un des soldats, de sa lance, lui transperça
le côté, et il sortit aussitôt de l’eau et du sang.
» Du Cœur de Jésus, ces païens faisaient ainsi jaillir
l’eau vive du baptême lui nous fait à jamais enfants de
Dieu, le sang que nous recevons dans l’eucharistie et qui
réconforte les pèlerins de l’éternité.
Pour les familiers du condamné, le moment
était venu de descendre Jésus de la Croix, de parfumer son corps
- et d’entrer dans l’espérance. Nicodème et Joseph
d’Arimathie étaient parmi eux. Marie était là aussi,
Mère de douleur, Pietà pleine de compassion comme nous la montre
Michel-Ange. Là se trouvaient aussi saint Jean et les saintes femmes
prévoyantes, apportant l’inutile panoplie funéraire, leurs
fioles dérisoires et les bandelettes rituelles à jamais déclassées.
Corps du Christ, livré pour nous !
Sang du Christ, versé pour nous !
Prière Seigneur, en ce jour où les
Ténèbres semblent devoir l’emporter sur la Lumière,
nous te remercions de nous avoir donné Marie, l’Étoile du
matin. Avec elle prenait naissance, au pied de la Croix, la première
communauté chrétienne, la première cellule de
l’Église, notre Mère. Ô Jésus, donne-nous la
vigilance confiante qui animait ces croyants pendant que tu étais
descendu aux enfers.
Et puis, Seigneur, tu nous as aussi engloutis dans ta mort
pour que nous renaissions à la vie. Merci, Seigneur, pour la grâce
de notre baptême. Donne-nous de nous « dépouiller du vieil
homme avec ses pratiques, afin de parvenir à la pleine stature de l’homme
nouveau pour progresser dans la connaissance de ton mystère et
être sans cesse renouvelés à l’image du
Créateur. »
13. Jésus ressuscité apparaît à
Marie-Madeleine
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation
De grand matin, Marie-Madeleine
est là, debout, près du tombeau. Elle pleure toutes les
larmes de son corps, mais c’est pour expulser ses derniers démons,
ceux de la tristesse. Elle est mue par une force mystérieuse et un
désir irrésistible : retrouver le corps du Bien-Aimé.
Alors Jésus gratifie la pécheresse
pardonnée de l’illumination divine qui fera d’elle le
premier témoin de la Résurrection. Une illumination dans
l’ordre de la foi, pareille à celle accordée à
Pierre, Jacques et Jean lors de la Transfiguration, à l’aveugle
né, aux pèlerins d’Emmaüs ou encore à Paul sur
le chemin de Damas.
C’est ainsi que cette pécheresse repentie et
pardonnée est devenue, par sa foi, le premier témoin de la
Résurrection, avec pour mission immédiate d’aller
réveiller la foi et le courage des apôtres, qui
s’étaient réfugiés dans la clandestinité. Et
dire qu’il y a encore des gens qui trouvent que la femme n’a
qu’un rôle secondaire dans l’Église !...
Il est vraiment ressuscité,
Pourquoi chercher parmi les morts ?
Il est vivant comme il l’a promis,
Alleluia !
Prière Seigneur, nous nous reconnaissons en
Marie-Madeleine. Comme elle, nous faisons tous la triste expérience du
péché, mais aussi l’expérience de ton pardon.
Seigneur, parmi nos frères et sœurs, il y en a
qui portent le poids de lourds péchés et qui ne parviennent pas
à retrouver la paix. Aide-les Seigneur, à confesser ici ta
miséricorde et à trouver dans le Sacrement de la
Réconciliation le chemin qui ramène vers toi.
Révèle-leur, Seigneur, que le désespoir n’a pas de
place dans le cœur du chrétien. Donne-leur, Seigneur
ressuscité, le don de la guérison que tu as offert à
Marie-Madeleine. Donne-leur surtout un regard nouveau, un regard d’enfant
pour qu’après t’avoir découvert ressuscité
dans le jardin de ton Église, ils repartent d’ici sur les chemins
du monde pour y proclamer l’Évangile de la vie.
14. La Trinité bienheureuse
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te
bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte Croix.
Contemplation Le Chemin de la Croix part du Cœur de
Dieu et conduit au Cœur de Dieu. Depuis l’apparition à
Abraham au chêne de Mambré, Dieu n’a cessé de nous
signifier qu’il est communion et amour. De toute éternité,
le Fils est obéissance sans réserve au Père. C’est
par le Fils que tout a été fait ; c’est par lui que le
monde est sauvé.
Lorsque Dieu s’approche des hommes, c’est
d’abord pour leur révéler qu’il est Trinité.
Cette Révélation atteint son sommet dans
l’événement de Pâques, que couronne l’effusion
de l’Esprit au jour de la Pentecôte. La Croix nous
révèle qu’entre le Père et le Fils, il n’y a
aucun repliement, ni du Père sur lui-même, ni du Fils sur
lui-même. Entre le Père et le Fils, il y a transparence totale,
Amour parfait, et cet Amour nous est révélé en la personne
divine de l’Esprit Saint.
Ce mystère a jadis été signifié
à Abraham lorsqu’il accueillit les anges. Le père des
croyants perçut alors que le Dieu Unique s’engageait dans
l’histoire humaine, et donc dans la nôtre. Accueillant les envoyés,
c’est Dieu lui-même qu’il accueillait. Quand les temps furent
venus, c’est encore un ange que Dieu envoie à Marie pour lui
annoncer que le Fils de Dieu allait prendre chair en son sein.
Or lorsque Jésus institue le mémorial de sa
passion, il nous immerge dans le mystère de la Trinité. Les
regards du Père, du Fils et de l’Esprit convergent vers la coupe
de bénédiction. Nous sommes invités à boire
à cette coupe non seulement pour être associés à la
Passion mais aussi à la Résurrection de Jésus.
Merci Seigneur pour le pain et le vin consacrés, qui
sont le corps et le sang du Ressuscité. Merci de nous donner le pain de
la Vie, qui fait de nous les hommes les plus heureux du monde, puisque, par ce
pain, nous sommes déjà lovés au cœur de la Sainte
Trinité.
Ns te bénissons Seigneur, Père, Fils
et Saint Esprit,
Nous te bénissons Seigneur,
toi la source de la vie.