Chemin de croix
Jean-Paul II
vendredi saint 2000
Prière initiale
« Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il
renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive
» (Mt 16, 24)
Soir du Vendredi saint. Depuis vingt siècles,
l'Église se rassemble en cette soirée, pour se rappeler et pour
revivre les événements de l'ultime étape du chemin
terrestre du Fils de Dieu. Aujourd'hui, comme chaque année,
l'Église qui est à Rome se réunit au Colisée, pour
se mettre à la suite de Jésus qui, « portant lui-même
sa croix, sortit en direction du lieu-dit : Le Crâne, ou Calvaire, en
hébreu : Golgotha » (Jn 19, 17).
Nous nous trouvons ici, convaincus que le chemin de croix du
Fils de Dieu ne fut pas le simple fait de marcher vers le lieu de son supplice.
Nous croyons que chaque pas du Condamné, chacun de ses gestes et chacune
de ses paroles, et aussi ce qu'ont vécu et accompli ceux qui ont pris
part à ce drame, nous parlent continuellement. C'est aussi dans sa
souffrance et dans sa mort que le Christ nous révèle la
vérité sur Dieu et sur l'homme.
En cette année jubilaire, nous voulons
réfléchir avec une intensité particulière sur le
contenu de cet événement, afin qu'il parle avec une force
nouvelle à nos esprits et à nos cœurs, et qu'il devienne
pour nous source de la grâce d'une authentique participation.
Participer signifie avoir part. Que veut dire avoir part
à la croix du Christ ? Cela veut dire faire l'expérience dans
l'Esprit Saint de l'amour que la croix du Christ cache en elle. Cela veut dire
reconnaître, à la lumière de cet amour, sa propre croix.
Cela veut dire la prendre sur ses épaules et, toujours en vertu de cet
amour, marcher… Marcher tout au long de la vie, en imitant Celui qui
endura une croix, dont il méprisa l'infamie, et qui est assis
désormais à la droite du trône de Dieu » (He 12, 2).
Prions. Seigneur Jésus-Christ, remplis nos cœurs
de la lumière de ton Esprit, afin que, te suivant sur ton ultime chemin,
nous connaissions le prix de notre rédemption et devenions dignes de
participer aux fruits de ta passion, de ta mort et de ta résurrection.
Amen.
1. Jésus est condamné à mort
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
« Es-tu le roi des Juifs ? » (Jn 18, 33).
« Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma
royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus
pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient
pas d'ici » (Jn 18, 36).
Pilate ajouta : « Alors, tu es roi ? ».
Jésus répondit : « C'est toi qui dis que je suis roi. Je
suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage
à la vérité. Tout homme qui appartient à la
vérité écoute ma voix ».
Pilate répliqua : « Qu'est-ce que la
vérité ? ».
À ce point, le Procureur romain considéra
l'interrogatoire comme terminé. Il alla chez les Juifs et leur dit :
« Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation » (cf. Jn
18, 37-38).
Le drame de Pilate se cache dans la question : Qu'est-ce que
la vérité ?
Ce n'était pas une question philosophique sur la
nature de la vérité, mais une question existentielle sur son
rapport à la vérité. C'était une tentative de se
dérober à la voix de sa conscience qui lui ordonnait de reconnaître
la vérité et de la suivre. L'homme qui ne se laisse pas conduire
par la vérité se dispose même à émettre une
sentence de condamnation à l'égard d'un innocent.
Les accusateurs devinent cette faiblesse de Pilate et c'est
pourquoi ils ne cèdent pas. Avec détermination ils
réclament la mort en croix. Les demi-mesures auxquelles Pilate a recours
ne l'aident pas. La peine cruelle de la flagellation infligée à
l'Accusé n'est pas suffisante. Quand le Procureur présente
à la foule Jésus flagellé et couronné
d'épines, il semble chercher une parole qui, à son avis, devrait
faire céder l'intransigeance de la foule. Montrant Jésus, il dit
: « Ecce homo ! Voici l'homme ! ». Mais la réponse est :
« Crucifie-le, crucifie-le ! ». Pilate cherche alors à
discuter : « Reprenez-le, et crucifiez-le vous-mêmes ; moi, je ne
trouve en lui aucun motif de condamnation » (cf. Jn 19, 5-6). Il est
toujours plus convaincu que l'Accusé est innocent, mais cela ne lui
suffit pas pour émettre une sentence d'acquittement.
Les accusateurs recourent à l'ultime argument :
« Si tu le relâches, tu n'es pas ami de l'empereur. Quiconque se
fait roi s'oppose à l'empereur » (Jn 19, 12).
La menace est claire. Devinant le danger, Pilate cède
définitivement et émet la sentence. Mais non sans faire le geste
lâche de se laver les mains : « Je ne suis pas responsable du sang
de cet homme ; cela vous regarde ! » (Mt 27, 24).
C'est de cette façon que Jésus a
été condamné à la mort sur une croix, Lui le Fils
du Dieu vivant, le Rédempteur du monde.
Tout au long des siècles, la négation de la
vérité a engendré souffrance et mort. Ce sont les
innocents qui paient le prix de l'hypocrisie humaine. Les demi-mesures ne sont
pas suffisantes. Il ne suffit pas non plus de se laver les mains. La
responsabilité pour le sang du juste demeure. C'est pour cela que le
Christ a prié avec tant de ferveur pour ses disciples de tous les temps
: Père, « consacre-les par la vérité : ta parole est
vérité » (Jn 17, 17).
Prière
Ô Christ, toi qui as accepté une condamnation injuste,
accorde-nous, ainsi qu'à tous les hommes de notre temps, la grâce
d'être fidèles à la vérité ; ne permets pas
que le poids de la responsabilité pour la souffrance des innocents
retombe sur nous et sur ceux qui viendront après nous. À toi, Jésus,
juste Juge, l'honneur et la gloire pour les siècles sans fin. Amen.
Notre Père…
Tu es le pauvre Seigneur Jésus,
en toi la gloire éternelle de Dieu
2. Jésus est chargé de la croix
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
La croix. Instrument de mort infamante. Il n'était
pas licite de condamner à la mort de la croix un citoyen romain :
c'était trop humiliant. Le moment où Jésus de Nazareth
s'est chargé de la croix pour la porter sur le Calvaire marque un
tournant dans l'histoire de la croix.
Signe d'une mort infamante, réservée à
la catégorie la plus basse des hommes, la croix devient une clé.
Désormais, avec l'aide de cette clé, l'homme ouvrira la porte des
profondeurs du mystère de Dieu.
Par le geste du Christ qui accepte la croix, instrument de
son dépouillement, les hommes sauront que Dieu est amour.
Amour sans limites : « Dieu a tant aimé le
monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui
ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle » (Jn 3,
16).
Cette vérité sur Dieu s'est
révélée par la croix. Ne pouvait-elle pas se
révéler d'une autre façon ? Peut-être que oui.
Toutefois Dieu a choisi la croix. Le Père a choisi la croix pour son
Fils, et le Fils l'a prise sur ses épaules, il l'a portée sur le
Calvaire et sur elle il a offert sa vie. « Sur la croix il y a la
souffrance, sur la croix il y a le salut, sur la croix il y a une leçon
d'amour. Ô Dieu, celui qui une fois t'a compris ne désire rien
d'autre, ne cherche rien d'autre » (Chant polonais de Carême). La
Croix est signe d'un amour sans limites !
Prière
Ô Christ, toi qui acceptes la croix de la main des hommes, pour en
faire le signe de l'amour salvifique de Dieu pour l'homme, accorde-nous, ainsi
qu'à tous les hommes de notre temps, la grâce de la foi en cet
amour infini, afin que, en transmettant au nouveau millénaire le signe
de la croix, nous soyons des témoins authentiques de la
Rédemption. À toi, Jésus, prêtre et victime, la
louange et la gloire pour les siècles. Amen.
Notre Père…
O Croix sagesse suprême,
O croix de Jésus-Christ ! (bis)
Le Fils de Dieu lui-même
Jusqu’à la mort obéit ;
Ton dénuement est extrême
O Croix de Jésus-Christ !
3. Jésus tombe
pour la première fois
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
« Dieu a pris sur lui nos péchés
à nous tous » (cf. Is 53, 6).
« Nous étions tous errants comme des brebis,
chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos
fautes à nous tous » (Is 53, 6).
Jésus tombe sous la croix. Cela arrivera par trois
fois sur le chemin relativement bref de la « via dolorosa ». Il
tombe d'épuisement. Le corps ensanglanté par la flagellation, la
tête couronnée d'épines. Tout cela fait que les forces lui
manquent. Il tombe, et la croix de tout son poids l'écrase contre terre.
Il faut revenir aux paroles du prophète qui, des siècles
auparavant, entrevoit cette chute. C'est comme s'il la contemplait de ses
propres yeux : devant le Serviteur du Seigneur à terre sous le poids de
la croix, il montre la vraie cause de sa chute : « Dieu a pris sur lui
nos péchés à nous tous ». Ce sont les
péchés qui ont écrasé contre terre le divin
Condamné. Ce sont eux qui ont déterminé le poids de la
croix qu'il portait sur ses épaules. Ce sont les péchés
qui ont provoqué sa chute. Le Christ péniblement se relève
pour reprendre le chemin. Les soldats qui l'escortent cherchent à le
stimuler par des cris et des coups. Après un moment le cortège
repart. Jésus tombe et se relève. C'est ainsi que le Rédempteur
du monde s'adresse sans prononcer un mot à tous ceux qui tombent. Il les
exhorte à se relever. « Dans son corps, il a porté nos
péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir
à nos péchés et vivre dans la justice. Par ses blessures,
nous sommes guéris » (cf. 1 P 2, 24).
Prière
Ô Christ, toi qui es tombé sous le poids de nos
fautes et qui t'es relevé pour notre justification, nous t'en prions,
aide-nous, ainsi que tous ceux qui sont écrasés par le
péché, à nous remettre debout et à reprendre le
chemin. Donne-nous la force de l'Esprit, pour porter avec Toi la croix de notre
faiblesse. À toi, Jésus, écrasé sous le poids de
nos fautes, notre louange et notre amour pour les siècles. Amen.
Notre Père…
Si l’espérance t’a fait marcher
plus loin que ta peur (bis)
Tu auras les yeux levés,
Alors tu pourras tenir, jusqu’au soleil de Dieu.
4. Jésus rencontre sa mère
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé
grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un
fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera
appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le
trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison
de Jacob, et son règne n'aura pas de fin » (Lc 1, 30-33).
Marie se remémorait ces paroles. Elle y revenait
souvent dans le secret de son cœur. Quand, sur le chemin de la croix, elle
rencontra son Fils, peut-être justement ces paroles lui revinrent-elles
à l'esprit. Avec une force particulière. « Il
régnera… Et son règne n'aura pas de fin… »,
avait dit le messager céleste. Maintenant, alors qu'elle voit son Fils,
condamné à mort, porter la croix sur laquelle il devra mourir,
elle pourrait se demander humainement parlant : Comment donc ces paroles
peuvent-elles se réaliser ? De quelle façon régnera-t-il
sur la maison de David ? Et comment se pourra-t-il que son règne n'ait
pas de fin ?
Humainement parlant, ces questions peuvent se comprendre.
Cependant Marie se souvient qu'alors, après avoir entendu l'annonce de
l'ange, elle avait répondu : « Voici la servante du Seigneur ; que
tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1, 38). Maintenant elle voit
que cette parole se réalise comme parole de la croix. Parce qu'elle est
mère, Marie souffre profondément. Toutefois, maintenant aussi
elle répond comme elle avait répondu alors à
l'Annonciation : « Que tout se passe pour moi selon ta parole ». De
cette façon, elle prend maternellement dans ses bras la croix avec le
divin Condamné. Sur le chemin de la croix, Marie se manifeste comme
Mère du Rédempteur du monde.
« Vous tous qui passez par le chemin, regardez et
voyez s'il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente
» (Lm 1, 12). C'est la Mère des Douleurs qui parle, la Servante
qui obéit jusqu'au bout, la Mère du Rédempteur du monde.
Prière Ô Marie, toi qui as parcouru le chemin
de la croix avec ton Fils, déchirée de douleur dans ton cŒur
de mère, mais te souvenant toujours de ton fiat et intimement convaincue
que Celui à qui rien n'est impossible saurait réaliser ses
promesses, implore pour nous et pour les hommes des générations
futures la grâce de l'abandon à l'amour de Dieu. Fais que, face
à la souffrance, au refus, à l'épreuve, même
prolongée et violente, nous ne doutions jamais de son amour. À
Jésus, ton Fils, honneur et gloire pour les siècles. Amen.
Notre Père…
Vierge au cœur transpercé, viens guider nos pas
;
Vierge au pied de la croix, éclaire notre route ;
Vierge de ceux qui souffrent, donne-nous ton Fils.
5. Jésus est aidé
par Simon de Cyrène
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Ils réquisitionnèrent Simon (cf. Mc 15, 21).
Les soldats romains firent ainsi, craignant que le Condamné
épuisé ne parvienne pas à porter la croix jusqu'au
Golgotha. Ils n'auraient pas pu exécuter la sentence de crucifixion
portée sur lui. Ils cherchaient un homme qui l'aidât à
porter la croix. Leur regard se posa sur Simon. Ils le
réquisitionnèrent pour le charger de ce poids. On peut imaginer
qu'il ne fut pas d'accord et qu'il s'y opposa. Porter avec un condamné
sa croix pouvait être considéré comme une offense à
la dignité d'un homme libre. Bien qu'à contrecœur, Simon
prit la croix pour aider Jésus.
Dans un chant de Carême résonnent ces paroles :
« Sous le poids de la croix, Jésus accueille le
Cyrénéen ». Ce sont des paroles qui laissent entrevoir un
changement total de perspective : le divin Condamné apparaît comme
quelqu'un qui, en un certain sens, « fait don » de la croix.
N'est-ce pas lui qui a dit : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me
suit pas n'est pas digne de moi » (Mt 10, 38) ?
Simon reçoit un don. Il en est devenu « digne
». Ce qui aux yeux de la foule pouvait offenser sa dignité lui a,
au contraire, conféré une nouvelle dignité dans la
perspective de la Rédemption. Le Fils de Dieu l'a fait participer d'une
manière singulière à son oeuvre salvifique. Simon en
est-il conscient ? L'évangéliste Marc identifie Simon de
Cyrène comme étant le « père d'Alexandre et de Rufus
» (15, 21).
Si les fils de Simon de Cyrène étaient connus
de la première communauté chrétienne, on peut penser que
lui aussi, précisément tandis qu'il portait la croix, a cru au
Christ. Il passa librement de la contrainte à la disponibilité,
comme s'il avait été intimement touché par ces paroles :
« Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de
moi ». Alors qu'il portait la croix, il fut introduit à la
connaissance de l'évangile de la croix.
Depuis lors, cet évangile parle à de
nombreuses personnes, innombrables Cyrénéens appelés au
cours de l'histoire à porter la croix avec Jésus.
Prière
Ô Christ, qui as conféré à Simon de
Cyrène la dignité de porter ta croix, accueille-nous aussi sous
son poids, accueille tous les hommes et donne à chacun la grâce de
la disponibilité. Fais que nous ne détournions pas notre regard
de ceux qui sont accablés par la croix de la maladie, de la solitude, de
la faim, de l'injustice. Fais que, portant les poids les uns des autres, nous
devenions témoins de l'évangile de la croix, des témoins
véritablement crédibles de toi, qui vis et règnes pour les
siècles des siècles. Amen.
Notre Père…
Où sont amour et charité,
Dieu lui-même est présent,
Car l’amour est de Dieu,
Car Dieu est amour.
6. Véronique essuie
le visage de Jésus
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Véronique ne figure pas dans les Évangiles. Ce
nom n'y est pas mentionné, bien qu'il y ait celui de différentes
femmes qui apparaissent aux côtés de Jésus. Il se peut donc
que le nom exprime plutôt ce que fit cette femme. En effet, selon la
tradition, sur le chemin du Calvaire une femme se fraya un chemin parmi les
soldats qui escortaient Jésus et, avec un voile, elle essuya la sueur et
le sang du visage du Seigneur. Ce visage resta imprimé sur le voile ; un
reflet fidèle à une « icône véritable ».
C'est à cela qu'on lierait le nom même de Véronique. S'il
en est ainsi, ce nom, qui rend mémorable le geste accompli par cette
femme, renferme en même temps la plus profonde vérité sur
elle.
Un jour, suscitant les critiques de l'assistance,
Jésus prit la défense d'une femme pécheresse qui avait
versé sur ses pieds de l'huile parfumée et qui les avait
essuyés avec ses cheveux. À l'objection qui lui fut faite alors,
il répondit : « Pourquoi tourmenter cette femme ? C'est une action
charitable qu'elle a faite à mon égard [...]. Si elle a
versé ce parfum sur mon corps, c'est en vue de mon ensevelissement
» (Mt 26, 10. 12). On pourrait aussi appliquer ces paroles à
Véronique. Ainsi est manifestée la portée profonde de cet
événement. Le Rédempteur du monde donne à
Véronique une image authentique de son visage. Le voile sur lequel reste
imprimé le visage du Christ devient un message pour nous. Il dit en un
sens : Voilà comment toute action bonne, tout geste de véritable
amour envers le prochain renforce en celui qui l'accomplit la ressemblance avec
le Rédempteur du monde.
Les actes d'amour ne passent pas. Tout geste de
bonté, de compréhension, de service, laisse dans le cœur de
l'homme un signe indélébile, qui le rend toujours plus semblable
à Celui qui « se dépouilla lui-même, en prenant la
condition de serviteur » (Ph 2, 7). Ainsi se forme l'identité de
l'homme, son vrai nom.
Prière Seigneur Jésus Christ, Toi qui as
accepté le geste désintéressé d'amour d'une femme
et qui en retour as fait en sorte que les générations s'en
souviennent avec le nom de ton visage, fais que nos actions, et celles de tous
ceux qui viendront après nous, nous rendent semblables à toi et
laissent au monde le reflet de ton amour infini. À toi, Jésus,
splendeur de la gloire du Père, louange et gloire pour les siècles.
Amen.
Notre Père…
Je cherche le visage, le visage du Seigneur,
Je cherche son image, tout au fond de vos cœurs
7. Jésus tombe
pour la seconde fois
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
« Et moi, je suis un ver, pas un homme, raillé
par les gens, rejeté par le peuple » (Ps 21 [22], 7). Ces paroles
du psaume viennent à l'esprit tandis que nous regardons Jésus
qui, pour la deuxième fois, tombe sous la croix.
Voici que, dans la poussière de la terre, gît
le Condamné. Écrasé sous le poids de la croix. Ses forces
l'abandonnent toujours davantage. Mais, à grand peine, il se
relève pour continuer son chemin. Que signifie pour nous, hommes
pécheurs, cette deuxième chute ? Plus encore que la
première, elle semble nous exhorter à nous relever, à nous
relever une nouvelle fois sur notre chemin de croix.
Cyprian Norwid a écrit : « Non pas
derrière nous-mêmes avec la croix du Sauveur, mais derrière
le Sauveur avec notre croix ». Maxime brève mais qui en dit long.
Elle explique en quel sens le christianisme est la religion de la croix. Elle
laisse entendre que tout homme rencontre ici-bas le Christ qui porte la croix
et qui tombe sous son poids. À son tour, sur le chemin du Calvaire, le
Christ rencontre tout homme et, tombant sous le poids de la croix, il ne cesse
d'annoncer la Bonne Nouvelle.
Depuis deux mille ans, l'évangile de la croix parle
à l'homme. Depuis vingt siècles, le Christ qui se relève
de la chute rencontre l'homme qui tombe. Tout au long de ces deux
millénaires, beaucoup en ont fait l'expérience : tomber ne
signifie pas la fin du chemin. En rencontrant le Sauveur, ils se sont sentis
rassurés par Lui : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne
toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Ils se sont relevés
réconfortés et ils ont transmis au monde la parole de
l'espérance qui jaillit de la croix.
Aujourd'hui, une fois franchi le seuil du nouveau
millénaire, nous sommes appelés à approfondir le contenu
de cette rencontre. Il faut que notre génération transmette aux
siècles futurs la bonne nouvelle de notre relèvement dans le
Christ.
Prière Seigneur Jésus Christ, toi qui tombes
sous le poids du péché de l'homme et qui te relèves pour
le prendre sur toi et l'effacer, donne-nous, à nous hommes faibles, la
force de porter la croix de chaque jour et de nous relever de nos chutes, pour
transmettre aux générations qui viendront l'Évangile de ta
puissance salvifique. À toi, Jésus, soutien de notre faiblesse,
la louange et la gloire pour les siècles. Amen.
Notre Père…
Oui je me lèverai, et j'irai vers mon Père.
Mon cœur a dit je cherche ta face,
Entends mon cri, pitié réponds-moi.
8. Jésus console
les femmes de Jérusalem
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
« Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi !
Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours
où l'on dira : "Heureuses les femmes stériles, celles qui
n'ont pas enfanté, celles qui n'ont pas allaité ! ". Alors
on dira aux montagnes : "Tombez sur nous", et aux collines :
"Cachez-nous". Car si l'on traite ainsi l'arbre vert, que deviendra
l'arbre sec ? » (Lc 23, 28-31). Ce sont là les paroles de
Jésus aux femmes de Jérusalem qui pleuraient, exprimant ainsi
leur compassion pour le Condamné.
« Ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur
vous-mêmes et sur vos enfants ! » À ce moment-là, il
était certainement difficile de comprendre le sens de ces paroles. Elles
contenaient une prophétie, qui devait se vérifier rapidement.
Peu avant, Jésus avait pleuré sur
Jérusalem, annonçant l'horrible sort qui la frapperait.
Maintenant, il semble se référer à cette prédiction
: « Pleurez sur vos enfants… ».
Pleurez, parce qu'ils seront, eux précisément,
témoins et participants de la destruction de Jérusalem, de cette
Jérusalem qui « n'a pas reconnu le moment où Dieu la
visitait » (cf. Lc 19, 44).
Si, tandis que nous suivons Jésus sur le chemin de la
croix, s'éveille en nos cœurs la compassion pour sa souffrance,
nous ne pouvons pas oublier cet avertissement. « Si l'on traite ainsi
l'arbre vert, que deviendra l'arbre sec ? ». Pour notre
génération, qui est au tournant d'un millénaire,
plutôt que de pleurer sur le Christ martyrisé, c'est l'heure de
« reconnaître le temps où elle est visitée ».
Déjà resplendit l'aurore de la Résurrection. « C'est
maintenant le moment favorable, c'est maintenant le jour du salut » (2 Co
6, 2).
À chacun de nous, le Christ adresse ces paroles de
l'Apocalypse : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe.
Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui ; je
prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. Le vainqueur, je le ferai
siéger près de moi sur mon Trône, comme moi-même,
après ma victoire, je suis allé siéger près de mon
Père sur son Trône » (3, 20-21).
Prière Ô Christ, toi qui es venu en ce monde
pour visiter tous ceux qui attendent le salut, fais que notre
génération reconnaisse le temps où elle est visitée
et qu'elle ait part aux fruits de ta Rédemption. Ne permets pas qu'il
faille pleurer sur nous et sur les hommes du nouveau siècle parce que
nous avons repoussé la main du Père miséricordieux.
À toi, Jésus, né de la Vierge Fille de Sion, honneur et
gloire pour les siècles éternels. Amen.
Notre Père…
Changez vos cœurs, croyez à la Bonne Nouvelle,
Changez vos cœurs, croyez que Dieu vous aime.
9. Jésus tombe
pour la troisième fois
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Voilà de nouveau le Christ tombé à
terre sous le poids de la croix. La foule, curieuse, regarde s'il aura encore
la force de se relever. Saint Paul écrit : « Lui qui était
dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit
d'être traité à l'égal de Dieu ; mais au contraire,
il se dépouilla en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable
aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est
abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à
mourir, et à mourir sur une croix » (Ph 2, 6-8). Voilà
précisément ce que semble exprimer la troisième chute : le
dépouillement, la kénose, du Fils de Dieu, l'humiliation sous la
croix. Jésus avait dit à ses disciples qu'il était venu
non pour être servi mais pour servir (cf. Mt 20, 28). Au Cénacle,
en s'abaissant jusqu'à terre et en leur lavant les pieds, il avait d'une
certaine manière voulu les habituer à cette humiliation de sa
personne.
En tombant à terre pour la troisième fois sur
le chemin de la croix, il nous crie encore à pleine voix son
mystère. Écoutons sa voix ! Ce Condamné, qui succombe sous
le poids de la croix tout près du lieu de son supplice, nous dit :
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn
14, 6). « Celui qui me suit ne marchera pas dans les
ténèbres, il aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12).
Ne soyons pas troublés à la vue d'un
Condamné qui tombe à terre, épuisé sous la croix.
Cette manifestation extérieure de la mort qui s'approche cache la
lumière de la vie.
Prière
Seigneur Jésus Christ, toi qui, par ton humiliation
sous la croix, as révélé au monde le prix de sa
rédemption, donne aux hommes du troisième millénaire la
lumière de la foi, afin que, reconnaissant en toi le Serviteur souffrant
de Dieu et de l'homme, ils aient le courage de suivre le même chemin qui,
par la croix et le dépouillement, conduit à la vie
éternelle. À toi, Jésus, soutien de notre faiblesse, honneur
et gloire pour les siècles. Amen.
Notre Père…
Agneau de Dieu qui prend nos péchés (bis)
Tu donnes Vie au monde, vie,
Tu donnes Vie au monde.
10. Jésus est dépouillé
de ses vêtements
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
« Il en goûta, mais ne voulut pas boire »
(Mt 27, 34).
Il ne veut pas de calmants, qui auraient obscurci sa
conscience durant l'agonie. Il voulait agoniser sur la croix en toute
conscience, en accomplissant la mission reçue de son Père.
C'était contraire aux méthodes en usage chez
les soldats chargés de l'exécution. Chargés de clouer le
condamné sur la croix, ils cherchaient à diminuer sa
sensibilité et sa conscience. Dans le cas du Christ, il ne pouvait en
être ainsi. Jésus sait que sa mort en croix doit être un
sacrifice d'expiation. C'est pourquoi il veut garder sa conscience
éveillée jusqu'à la fin. Privé de celle-ci, il
n'aurait pas pu, de façon totalement libre, accepter la pleine mesure de
sa souffrance.
Il doit monter sur la croix pour offrir le sacrifice de la
Nouvelle Alliance.
Il est Prêtre. Il doit entrer, par son propre sang,
dans les demeures éternelles, après avoir accompli la
rédemption du monde (cf. He 9, 12).
Conscience et liberté : telles sont les
caractéristiques imprescriptibles d'un agir pleinement humain. Le monde
connaît tant de moyens pour affaiblir la volonté en obscurcissant
la conscience ! Il faut les protéger jalousement contre toutes les
violences ! Même l'effort légitime pour atténuer la
souffrance doit toujours se faire dans le respect de la dignité humaine.
Il faut comprendre profondément le sacrifice du
Christ, il faut s'unir à lui pour ne pas céder, pour ne pas
permettre que la vie et la mort perdent leur valeur.
Prière
Seigneur Jésus, Toi qui, avec un entier
dévouement, as accepté de mourir sur la croix pour nous sauver,
fais que nous ayons part, ainsi que tous les hommes du monde, à ton
sacrifice sur la croix, afin que notre existence comme nos actions expriment
notre participation libre et consciente à ton oeuvre de salut. À
toi, Jésus, Prêtre et Victime, honneur et gloire pour les
siècles. Amen.
Notre Père…
Donne-nous Seigneur, un cœur nouveau,
Mets en nous Seigneur, un esprit nouveau.
11. Jésus est cloué à la croix
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
« Ils me percent les mains et les pieds, je peux
compter tous mes os » (Ps 21[22], 17-18). Les paroles du prophète
s'accomplissent. L'exécution commence. Les coups des bourreaux
écrasent les pieds et les mains du Condamné sur le bois de la
croix. Dans le creux des mains, les clous sont fixés avec violence. Ces
clous maintiendront le condamné suspendu dans les tourments
inexprimables de l'agonie. Dans son corps, comme dans son esprit très
sensible, le Christ souffre d'une manière indicible.
Avec lui, on crucifie deux vrais malfaiteurs, l'un à
sa droite et l'autre à sa gauche. La prophétie s'accomplit :
« Il a été compté avec les pécheurs »
(Is 53, 12).
Quand les bourreaux dresseront la croix, alors commencera
une agonie qui durera trois heures. Il faut que s'accomplisse aussi cette
parole : « Moi, quand j'aurai été élevé de
terre, j'attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32).
Qu'est-ce qui « attire » chez ce Condamné
en agonie sur la croix ? Il est certain que l'image d'une souffrance aussi
intense éveille la compassion. Mais la compassion ne suffit pas pour
inciter à lier sa propre vie à Celui qui est cloué
à la Croix.
Comment expliquer que, de génération en
génération, cette terrible vision ait pu attirer des foules
innombrables de personnes qui ont fait de la croix la caractéristique de
leur foi ? D'hommes et de femmes qui, au cours des siècles, ont
vécu et ont donné leur vie en regardant ce signe ?
Du haut de la croix le Christ attire par la puissance de
l'amour, de l'Amour divin, qui ne s'est pas soustrait au don total de soi ; de
l'Amour infini, qui a élevé de terre sur l'arbre de la croix le
poids du corps du Christ, pour compenser le poids de l'antique faute ; de
l'Amour sans limites, qui a comblé tout le manque d'amour et qui a
permis à l'homme de se réfugier à nouveau dans les bras du
Père miséricordieux.
Que le Christ élevé sur la croix nous attire,
nous, hommes et femmes du nouveau millénaire ! À l'ombre de la
croix, « vivons dans l'amour comme le Christ nous a aimés et s'est
livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui
plaire » (cf. Ep 5, 2).
Prière Christ élevé, Amour
crucifié, remplis nos cŒurs de ton amour, afin que nous
reconnaissions dans ta Croix le signe de notre rédemption et que,
attirés par tes blessures, nous vivions et mourions avec toi, qui
règnes avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et pour les
siècles des siècles. Amen.
Notre Père…
Mystère du Calvaire, Scandale de la Croix :
Le maître de la terre Esclave sur ce bois !
Victime dérisoire, Toi seul es le Sauveur,
Toi seul le roi de gloire, Au rang des malfaiteurs.
12. Jésus meurt sur la croix
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
« Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce
qu'ils font » (Lc 23, 34).
Au plus vif de la Passion, le Christ n'oublie pas l'homme,
et en particulier il n'oublie pas ceux qui sont la cause directe de sa souffrance.
Il sait que l'homme, plus que toute autre créature, a besoin d'amour ;
qu'il a besoin de la miséricorde qui, en cet instant, se répand
sur le monde.
« Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec
moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23, 43). Jésus répond ainsi
à la demande du malfaiteur suspendu à sa droite : «
Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne
(Lc 23, 42). La promesse d'une nouvelle vie. Tel est le premier effet de la
passion et de la mort imminente du Christ. Une parole d'espérance pour
l'homme.
Au pied de la croix se tenait sa Mère, et près
d'elle le disciple, Jean l'évangéliste. Jésus dit :
« Femme, voici ton fils ! », et au disciple : « Voici ta
mère ! » (Jn 19, 26-27). « Et à partir de cette
heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jn 19, 27).
C'est son testament pour les personnes les plus
chères à son cœur.
Son testament pour l'Église. En mourant, Jésus
veut que l'amour maternel de Marie embrasse tous ceux pour qui Il donne sa vie,
l'humanité entière. Aussitôt après, Jésus
s'écrie : « J'ai soif » (Jn 19, 28). Parole où
transparaît la terrible soif qui brûle tout son corps. C'est la
seule parole qui manifeste directement sa souffrance physique. Puis
Jésus ajoute : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu
abandonné ? » (Mt 27, 46 ; cf. Ps 21 [22], 2). Il prie avec les
paroles du psaume. Malgré sa teneur, la phrase met en évidence
son union profonde avec son Père. Dans les derniers instants de sa vie
sur la terre, Jésus se tourne vers son Père. Désormais, le
dialogue ne se déroulera plus qu'entre le Fils qui meurt et le
Père qui accepte son sacrifice d'amour. Quand arrive la neuvième
heure, Jésus s'écrie : « Tout est accompli ! » (Jn
19, 30). Voici l'heure où s'accomplit l'oeuvre de la rédemption.
La mission pour laquelle il est venu sur la terre a atteint son but.
Le reste appartient au Père : « Père,
entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46). Ayant dit cela, il
expira. « Le rideau du Temple se déchira en deux… »
(Lc 27, 51). Le « Saint des Saints » du Temple de Jérusalem
s'ouvre au moment même où y entre le Prêtre de la Nouvelle
et Éternelle Alliance.
Prière Seigneur Jésus Christ, Toi qui, au
moment de l'agonie, n'es pas resté indifférent au sort de l'homme
et qui, dans ton dernier souffle as confié avec amour à la miséricorde
du Père les hommes et les femmes de tous les temps avec leurs faiblesses
et leurs péchés, remplis-nous, nous-mêmes et les
générations futures, de ton Esprit d'amour, afin que notre
indifférence ne rende pas vains en nous les fruits de ta mort. À
toi, Jésus crucifié, sagesse et puissance de Dieu, honneur et
gloire pour les siècles éternels. Amen.
Notre Père…
Nous chantons la Croix du Seigneur,
Qui se dresse sur l’univers,
Comme un signe éclatant,
de la gloire de notre Dieu.
13. Jésus est descendu de la croix et confié
à sa Mère
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
On a remis entre les mains de la Mère le corps sans
vie de son Fils. Les Évangiles ne disent pas ce qu'elle a éprouvé
en cet instant. C'est comme si les Évangélistes, par ce silence,
voulaient respecter sa douleur, ses sentiments et ses souvenirs. Ou simplement
comme s'ils ne s'estimaient pas capables de les exprimer. C'est seulement la dévotion
séculaire qui a conservé l'image de la « Pietà
», fixant ainsi dans la mémoire du peuple chrétien
l'expression la plus douloureuse de cet ineffable lien d'amour, né dans
le cœur de la Mère le jour de l'Annonciation et mûri dans
l'attente de la naissance de son divin Fils.
Cet amour s'est révélé dans la grotte
de Bethléem, il a déjà été soumis à
l'épreuve durant la présentation au Temple, il s'est approfondi
en même temps que les événements conservés et
médités dans son cœur (cf. Lc 1, 37). Maintenant, ce lien
étroit d'amour doit se transformer en une union qui dépasse les
frontières de la vie et de la mort.
Et il en sera ainsi tout au long des siècles : les
hommes s'arrêtent auprès de la statue de la Pietà de
Michel-Ange, s'agenouillent devant l'image de la Bienfaitrice Douloureuse dans
l'église des Franciscains à Cracovie, devant la Mère des
Sept Douleurs, Patronne de la Slovaquie, et ils la vénèrent dans
de nombreux sanctuaires à travers le monde entier. Ils apprennent ainsi
le difficile amour qui ne se dérobe pas devant la souffrance, mais qui
s'abandonne avec confiance à la tendresse de Dieu, à qui rien
n'est impossible (cf. Lc 1, 37).
Prière
Obtiens-nous la grâce de la foi, de l'espérance
et de la charité, afin que, comme toi, nous sachions nous aussi
persévérer au pied de la croix jusqu'à notre dernier
souffle. À ton Fils, Jésus, notre Sauveur, avec le Père et
avec l'Esprit Saint, tout honneur et toute gloire pour les siècles des
siècles. Amen.
Notre Père…
Corps du Christ, livré pour nous !
Sang du Christ, versé pour nous !
14. Jésus est mis au tombeau
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
« Il a été crucifié, est mort et
a été enseveli… ». Le corps sans vie du Christ a
été déposé dans le tombeau. Pourtant, la pierre du
tombeau n'est pas le sceau définitif de son oeuvre. Le dernier mot
n'appartient pas au mensonge, à la haine et à l'abus de pouvoir.
Le dernier mot sera prononcé par l'Amour, qui est plus fort que la mort.
« Si le grain de blé tombé en terre ne
meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit »
(Jn 12, 24). Le tombeau est la dernière étape de la mort du Christ
au cours de toute sa vie terrestre ; c'est le signe de son sacrifice
suprême pour nous et pour notre salut.
Très vite, désormais, ce tombeau deviendra la
première annonce de louange et d'exaltation du Fils de Dieu dans la
gloire du Père.
« Il a été crucifié, est mort et
a été enseveli, (...) le troisième jour est
ressuscité des morts ». Avec la mise au tombeau du corps sans vie
de Jésus, au pied du Golgotha, l'Église commence la
veillée du Samedi saint. Marie conserve et médite au fond de son
cœur la passion de son Fils ; les femmes se donnent rendez-vous le
lendemain matin après le sabbat, pour oindre le corps du Christ avec des
aromates ; les disciples se rassemblent, en se cachant au Cénacle,
jusqu'à ce que le sabbat soit passé.
Cette veillée s'achèvera avec la rencontre
près du tombeau, le tombeau vide du Sauveur. Alors le tombeau,
témoin muet de la résurrection, parlera. La pierre roulée,
l'intérieur vide, les bandelettes à terre, voilà ce que
verra Jean, arrivé au tombeau avec Pierre : « Il vit et il crut
» (Jn 20, 8). Et avec lui l'Église crut, elle qui, depuis ce
moment-là, ne se lasse pas de transmettre au monde cette
vérité fondamentale de sa foi : « Le Christ est
ressuscité d'entre les morts, pour être parmi les morts le premier
ressuscité » (1 Co 15, 20).
Le tombeau vide est le signe de la victoire
définitive de la vérité sur le mensonge, du bien sûr
le mal, de la miséricorde sur le péché, de la vie sur la
mort. Le tombeau vide est le signe de l'espérance qui « ne trompe
pas » (Rm 5, 5). « Par notre espérance, nous avons
déjà l'immortalité » (cf. Sg 3, 4).
Prière Seigneur Jésus Christ, toi qui, dans la
puissance de l'Esprit Saint, as été conduit par le Père
des ténèbres de la mort à la lumière d'une vie
nouvelle dans la gloire, fais que le signe du tombeau vide nous parle, à
nous et aux générations futures, et qu'il devienne source de foi
vive, de charité généreuse et de ferme espérance.
À toi, Jésus, présence cachée et victorieuse dans
l'histoire du monde, honneur et gloire pour les siècles. Amen.
Notre Père…
Grain de blé qui tombe en terre, si tu ne meurs pas,
Tu resteras solitaire, Ne germera pas.
Prière de conclusion
du Chemin de Croix
« Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout
cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26).
Ces paroles adressées par Jésus aux deux
disciples en route vers Emmaüs résonnent dans notre esprit ce soir,
au terme du Chemin de Croix au Colisée. Eux aussi, comme nous, avaient
entendu parler des événements qui concernaient la passion et la
crucifixion de Jésus. Sur la route du retour vers leur village, le
Christ s'approche comme un pèlerin inconnu, et ils s'empressent de lui
raconter « ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth,
cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses
paroles devant Dieu et devant tout le peuple » (Lc 24, 19), et comment
les chefs des prêtres et les dirigeants l'ont livré pour le faire
condamner à mort puis l'ont crucifié (cf. Lc 24, 20-21). Et ils
concluent avec tristesse : « Nous qui espérions qu'il serait le
libérateur d'Israël ! Avec tout cela, voici déjà le
troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé » (Lc 24,
21).
« Nous qui espérions… ». Les
disciples sont découragés et abattus. Pour nous aussi, il est
difficile de comprendre pourquoi la voie du salut doit passer à travers
la souffrance et la mort.
« Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout
cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26). Nous faisons nôtre
cette question au terme du traditionnel chemin douloureux au Colisée.
D'ici peu, de ce lieu sanctifié par le sang des
premiers martyrs, nous partirons dans différentes directions. Nous
retournerons dans nos maisons, en repensant à ces mêmes
événements dont discouraient les disciples d'Emmaüs.
Puisse Jésus s'approcher de chacun de nous ;
puisse-t-il se faire aussi notre compagnon de voyage ! Tout en nous
accompagnant, il nous expliquera que pour nous il est monté au Calvaire,
que pour nous il est mort, afin d'accomplir les Écritures. Le douloureux
événement de la crucifixion que nous venons de contempler
deviendra ainsi pour chacun de nous un enseignement parlant.
Chers Frères et Sœurs, l'homme contemporain a
besoin de rencontrer le Christ crucifié et ressuscité !
Qui, plus que le divin Condamné, peut comprendre
pleinement la peine de celui qui subit des condamnations injustes ?
Qui, plus que le Roi bafoué et humilié, peut
répondre aux attentes de tant d'hommes et de femmes sans
espérance et sans dignité ?
Qui, plus que le Fils de Dieu crucifié, peut
comprendre la souffrance et la solitude de tant de vies brisées et sans
avenir ?
Le poète français Paul Claudel a écrit
que, pour le Fils de Dieu « c'est du côté de la mort qu'Il
nous a appris qu'était le chemin de la sortie et la possibilité
de sa transformation » (Positions et propositions, Les invités
à l'attention [1934] p. 245). Ouvrons notre cœur au Christ : c'est
lui qui répondra à nos aspirations les plus profondes. Lui-même
nous dévoilera les mystères de sa passion et de sa mort sur la
croix.
« Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent
» (Lc 24, 31). En l'entendant, les deux passants affligés
retrouvent la sérénité de leur cœur et commencent
à exulter de joie. Ils reconnaissent leur Maître à la
fraction du pain.
Comme eux, puissent également les hommes
d'aujourd'hui reconnaître dans le mystère de l'Eucharistie,
à la fraction du pain, la présence de leur Sauveur ! Puissent-ils
le rencontrer dans le sacrement de sa Pâque et l'accueillir comme
compagnon de leur route ! Il saura les écouter et les
réconforter. Il saura se faire leur guide pour les conduire tout au long
des sentiers de la vie vers la maison du Père.