L’arbre de Vie

Prières autour de la croix

 

Godfried Cardinal DANNEELS

Archevêque de Malines-Bruxelles, 1983

 

 

 

1. Arrestation

 

Jn 18,38 ; 19,16

« Pilate leur dit : je ne trouve en lui aucun motif de condamnation » - « Alors il le leur livra pour être crucifié »

 

Il a bien fait toutes choses

Seigneur Jésus, ils sont venus de partout, de Galilée et de Jérusalem, de Tyr et de Sidon et même d’au-delà du Jourdain ; ils sont venus pour te voir et pour t’entendre. Tu as bien fait toutes choses. Tu fis entendre les sourds et parler les muets. Des paroles de grâce sortirent de ta bouche. Par tes mains tous ont trouvé guérison et délivrance, sur tes lèvres, miséricorde et abondance de pardon.

 

Voici l’Homme

Voici la dernière fois que tu te montres aux hommes. Beaucoup sont venus, cette fois encore, pour te voir, non plus pour t’écouter. Car toi, tu ne dis plus rien; d’ailleurs comment pourraient-ils t’entendre, ils ont bouché leurs oreilles. On t’expose aux regards sur les marches du palais. Ce n’est plus Jean-Baptiste qui te montre du doigt, pour dire : « Voici l’Agneau de Dieu ». Non, c’est Pilate, un païen, qui te désigne d’une main de juge disant : « Voici l’Homme ».

 

Quelques paroles et un grand silence

Voici tes mains meurtries, porteuses de guérison ; elles ont rompu le pain et restauré dans leur dignité d’homme tous les lépreux, les mal-aimés, les pauvres. À peine dis-tu un mot maintenant à ceux qui t’entourent : on t’a scellé les lèvres. Car, voici l’heure où tu vas parler au Père et à Lui seul. Parfois un mot t’échappe : une parole de consolation pour les femmes au bord du chemin ; une autre pour Marie et une pour jean ; deux phrases pour pardonner : l’une aux bourreaux, l’autre au bon larron ; un cri de détresse et de soif ensuite pour accomplir les Écritures. Enfin, l’ultime parole de l’abandon destinée au Père et à nous tous : « Tout est accompli ».

 

Une parole double

Seigneur, ils t’ont tous abandonné. Tu es tout seul maintenant : Judas t’a trahi par un baiser, Pierre t’a renié : « je ne connais pas cet homme ». Pilate qui pouvait te sauver de cette intrigue et de ses passions sordides par ne parole claire ; voici qu’il dit une phrase révoltante : « Prenez-le vous-même et crucifiez-le, car pour moi je ne trouve pas de motif d’accusation contre lui » (Jn 19, 6). Jamais on n’a formulé tant d’incohérences, une telle contradiction en si peu de mots.

 

« Il n’a jamais été que oui » (2 Co 1, 19).

Seigneur Jésus, en entendant cette parole : « Voici l’Homme ». nous sommes venus à toi. Délivre-nous de toute duplicité, rends-nous la transparence de cœur et de langage. Quelle contradiction souvent entre nos paroles et les actes qui les suivent. Nous ne comprenons rien a ce que nous faisons. D’où vient-il que notre cœur soit si partagé ? Le bien que nous voulons, nous ne le faisons pas ; le mal que nous ne voulons pas, nous le faisons quand même. «Qui nous délivrera de ce corps qui appartient à la mort ? » (Rm 7, 24).

 

Pardonne-nous, Seigneur, de te trahir pour trente deniers. Délivre notre cœur de toute duplicité, purifie nos lèvres du baiser de trahison. Sois notre force aux heures de peur et d’hésitation, pour que nous te confessions devant les hommes, comme tu nous confesses devant ton Père. Délivre-nous de cette parole de Pilate : « Qu’est ce que la vérité ? » Purifie-nous de tout scepticisme qui paralyse et de toute duplicité. Que notre ‘oui’ soit ‘oui’, que notre ‘non’ soit ‘non’. Tu n’as jamais été que oui. En entrant dans le monde du dis : « Père, me voici, je viens pour faire ta volonté ». Ton ‘oui’ trouve son écho en ces paroles de Marie. « Qu’il me soit fait selon ta parole ». Seigneur, ta Mère et toi, vous n’êtes jamais revenus sur ce ‘oui’ initial, - le ‘oui’ de Noël - même pas à l’heure des ténèbres du Vendredi saint.

 

Pour que tout soit accompli maintenant, selon ce qui est écrit dans l’Écriture, il ne reste plus qu’un seul ‘oui’ à dire : le nôtre. Fais-nous la grâce, Seigneur, de te dire ‘oui’.

 

 

Tu es le pauvre Seigeur Jésus,

en toi la gloire éternelle de Dieu

 

2. Il porte sa croix

 

Jn 19, 17

« Portant lui-même sa Croix, Jésus sortit de la ville ».

 

Portant lui-même sa Croix

Bon pasteur, tu portes la brebis perdue sur tes épaules, conformément aux Écritures : elle est devenue ta Croix. Les bons pasteurs portent brebis et croix dans un même amour. Tu portes la Croix toi-même, nous dit saint jean avec insistance. Elle est lourde cette Croix : tous nos faux pas, toutes nos chutes, tu t’en es chargé depuis ce jour où tu es sorti de la ville pour te rendre au Golgotha. Pas une de nos fautes qui ne marque ton dos et tes épaules jusqu’au sang. Tous les coins d’ombre, tout ce côté nocturne de notre âme, tous nos doutes, nos révoltes, se dessinent sur ton corps meurtri.

 

Charge-toi, Seigneur, de ton Église

Seigneur, ta Croix c’est nous ; c’est le monde entier, c’est même ton Église, celle que tu t’es acquise par ton sang.

 

Prends ton Église, Seigneur, prends-la sur tes épaules. Et apprends-lui a porter, elle aussi, sa croix, sur ses épaules, à la porter elle-même. Toutes les plaies du monde, chaque souffrance, chaque blessure, tout ce poids d’exécutions et de tortures, doivent marquer son corps a elle aussi. Parle-lui de ta Croix, fais-la lui comprendre et fais-la marcher dans tes pas et venir à ta suite.

 

Fais d’elle la grande maison de la compassion universelle ; qu’aucun homme, aucune femme, aucun enfant ne souffre dans sa chair ou dans son âme, sans que l’Église ne connaisse même agonie. Que tous les cris d’angoisse et de douleur, d’où qu’ils viennent, ne cessent de retentir dans la demeure de Dieu parmi les hommes : ton Église. Qu’aucun cri de désespoir ne reste sans écho en celle qui est née de ton côté transpercé, ô Christ abandonné !

 

O Croix sagesse suprême,

O croix de Jésus-Christ ! (bis)

Le Fils de Dieu lui-même

Jusqu’à la mort obéit;

Ton dénuement est extrême

O Croix de Jésus-Christ !

 

 

 

 

 

 

3. La première chute

 

Ps 91, 11-12

« Il chargera ses anges de te garder en tous tes chemins. Ils te porteront dans leurs bras pour que ton pied ne heurte pas de pierre »

 

Le mal, ce « mystère »

Seigneur Jésus, tu ploies sous le poids de la Croix, comme tremble la forêt sous la tempête. Tu tombes. Nous sommes frappés de stupeur : le poids de nos péchés est-il donc si grand qu’il puisse te faire tomber ? Oui, nous le savons, nous sommes des enfants de la chute, depuis ce premier jour où Adam est tombé ; nous sommes blessés depuis le commencement. Mais nous ne savions pas que le poids de nos chutes te fut si lourd, que tu faillis y succomber. Le mal a-t-il donc une telle puissance qu’il te renverse, toi, l’innocent ? Explique-nous, Seigneur, l’étrange secret du mal. Toi, Fils de Dieu, le juste - sans tache et sans péché - explique-nous : le mal que nous faisons comment peut-il te faire tant souffrir. Quel est donc ce ‘mystère’ ?

 

La chute par surprise

Seigneur, notre première chute, c’est celle qui arrive d’un coup comme par surprise, a un moment de fièvre ; cette fièvre qui nous habite depuis le commencement, depuis le jour où le Malin, le prince du mensonge, nous l’a instillée dans l’oreille comme un poison. Ton Père nous avait dit : « Du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, vous n’en mangerez pas~ vous n’y toucherez pas, sous peine de mort » (Gn 3, 3). Mais, pris de vertige, nous avons. été séduits, comme un enfant, nous sommes tombés par naïveté, par curiosité. La première chute est celle de la surprise. Seigneur Jésus, venu d’auprès du Père, de condition divine, tu ne retins pas jalousement le rang qui t’égalait à Dieu. Tu connais nos défaites et notre bonne volonté, tu connais toutes nos faiblesses. Tu les partages sans y succomber. Toi aussi, tu as senti la fièvre, le vertige : après les quarante jours de jeûne tu avais faim. Toi aussi, tu as vu le fruit de l’arbre ; comme il est bon à manger, si séduisant à voir, si désirable. Mais tu n’a pas succombé. Seigneur, par la grâce de ton abaissement, relève-nous de la chute, de la première, la moins grave sans doute, celle qui survient tout à coup comme par surprise.

 

Si l’espérance t’a fait marcher

plus loin que ta peur (bis)

Tu auras les yeux levés,

Alors tu pourras tenir, jusqu’au soleil de Dieu.

 

 

 

 

4. Jésus et Marie

 

Lm 1, 12

« Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez, s’il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente »

 

Joies et douleurs dune mère

Le jour de ton annonciation, Seigneur Jésus, Marie n’eut qu’un mot : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38). Ce fut son premier ‘oui’ tout imprégné de joie. Il t’ouvrit le chemin ; elle te reçut dans son cœur et dans son corps. Depuis ce jour, ce ‘oui’ joyeux est devenu de jour en jour de plus en plus un ‘oui’ d’obéissance douloureuse. La joie a tant mûri, au point de devenir adoration de la volonté du Père. La joie n’a pas diminué, elle a changé ; même si les ‘oui’ qui ont suivi se sont, de plus en plus transformés en autant d’adieux. Marie semblait te perdre à chaque fois un peu plus.

 

Déjà lors de la première visite au temple, elle souffrit tant quand Siméon prophétisa : « Un glaive te transpercera l’âme ! » (Lc 2, 35). Elle ne comprit rien.

 

Une deuxième fois, toujours au temple, tu lui dis, Seigneur, à elle et à joseph : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? » (Lc 2, 49). Ils ne comprirent toujours rien, sauf que tout cela faisait très mal.

 

Plus tard, quand depuis longtemps tu avais quitté la maison, elle est venue avec tes frères. On vint te dire : « Ta mère et tes frères te cherchent ». Tu leur fis alors cette réponse : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » (Mt 12, 48). A-t-elle compris à ce moment que ta réponse ne fut pas un rejet mais au contraire ta neuvième béatitude « Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère » (Mt 12, 50).

 

Même en cette heure de fête et d’allégresse, en Galilée, aux noces de Cana, tu parles de ton ‘heure’. l’heure de ta passion, de ton passage au Père.

 

Ton ‘heure’, la voici maintenant toute proche : tu rencontres ta Mère, sur ton chemin de Croix. Deux ‘oui’ vont se rejoindre, le tien et celui de ta Mère. C’est l’heure de la rédemption, l’heure de l’Alliance. Les « oui » vont s’insérer dans le plan de Dieu ; vous irez ensemble aux noces de l’Agneau. C’est le ‘oui’ final le ‘oui’ d’abandon à la volonté du Père.

 

Mère de l’Église

Marie, mère de Jésus et notre mère, redis ton ‘oui’

dans l’Église de ton Fils ; celui de Noël et celui du Calvaire. Apprends-lui la joie du ‘oui’ qui transforme toutes les souffrances en adoration. Mère de l’Église, sois son modèle et obtiens-lui le courage : dis-lui que chaque ‘fiat’, « même semé dans les larmes n’en sera pas moins moissonné parmi les chants » (Ps 126, 5).

 

Vierge au coeur transpercé,

viens guider nos pas;

Vierge au pied de la croix,

éclaire notre route;

Vierge de ceux qui souffrent,

donne-nous ton Fils.

 

 

5. Simon de Cyrène

 

Mt 27, 32

« En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix. »

 

Simon Pierre et Simon de Cyrène

Seigneur, il ne nous est pas donné de choisir notre croix ; elle nous est imposée. Et comme Simon de Cyrène nous la portons à contre-coeur. L’autre Simon, appelé Pierre, dit qu’il n’avait pas peur de porter la Croix pour toi. Il dit : «Dussé-je mourir pour toi, Seigneur, je ne te renierai jamais » (Mt 26, 35). Pierre se présente pour porter ta Croix et même pour la subir. Mais il ne savait pas ce qui arrive a celui qui choisit sa propre croix : il ne parvient jamais au lieu où elle doit être dressée ; il tombe sous le poids de l’ambition. Ainsi Pierre : avant même que jésus ne fût condamné à mourir en Croix, il l’avait renié déjà trois fois : « je ne connais pas cet homme » (Mt 26, 72).

 

Simon de Cyrène, lui, ne brigua rien ; en retournant des champs on le réquisitionna pour porter la Croix, celle de Jésus, non pas la sienne. Il ne choisit pas de te suivre, Seigneur : ce furent les soldats qui l’y forcèrent. il ignora tout ce que tu avais dit à Pierre et aux autres disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite qu‘il se charge de sa croix, chaque jour, et qu’il me suive » (Lc 9, 23). Aussi sans le savoir, même contre son gré, il fut obligé de poser ses pas dans les tiens ; et il éprouva lentement la joie secrète de te suivre.

 

Comme dans la parabole des deux fils

Simon-Pierre et Simon de Cyrène, ce sont les deux fils de la parabole : à l’un, le Père dit : « Mon enfant, va-t-en aujourd’hui travailler à la vigne. » « Entendu, répondit-il, mais il n’y alla point. » C’est Simon-Pierre. À l’autre, Simon de Cyrène, le Père dit de même, et la réponse fut : « Je ne veux pas. Mais plus tard, pris de remords, il y alla » (Mt 21, 28-30). Seigneur, nous sommes Simon - l’un et l’autre - ; il y a des jours où nous n’hésitons pas à dire que nous t’aimons et que nous voulons te suivre. Nous disons même : c’est telle croix que je veux ; non pas telle autre. Mais toi, tu fais semblant

de ne rien entendre.

 

Tu préfères que nous soyons comme l’autre Simon, celui qui ne choisit pas sa croix. Il la reçut de tes mains : ta Croix, la seule qui est agréable à Dieu. Car le disciple ne peut qu’accueillir la souffrance et la croix proposées par toi. C’est toi qui les lui donnes ; et souvent tu charges des soldats qui ne savent même pas ce qu’ils font de mettre la croix sur son épaule. Mais comme Simon, en marchant derrière toi, la croix amère, non désirée nous devient douce.

 

Garde-nous, Seigneur

de toute présomption

Seigneur, garde-nous de toute présomption. Ne permets pas que nous disions : « Dussions-nous mourir pour toi, nous, nous ne te renierons pas » (cf Mt 26, 35). Rappelle-nous toujours ce qui arrive à Simon-Pierre et à Simon de Cyrène. Donne-nous ta Croix si tu nous en juges dignes ; ne la donne jamais avant l’heure, ou tu nous sais enracinés, dans l’humilité du cœur et dans la componction.

 

 

Où sont amour et charité,

Dieu lui-même est présent,

Car l’amour est de Dieu,

Car Dieu est amour.

Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit

Ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas;

Voilà le commandement que nous avons reçu de lui,

Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.

 

 

6. Véronique

 

Ct 5, 10

« Mon Bien-aimé est frais et vermeil, il se reconnaît entre dix mille »

 

Le voile de Véronique

Seigneur Jésus, les évangélistes ne parlent pas d’elle, ils ne mentionnent même pas son nom. La tradition l’appelle Véronique ; toutes les générations chrétiennes qui nous ont précédés ont imaginé que sur ton Chemin de Croix elle est venue pour te consoler. Comme un cyprès debout et immobile, à l’heure de midi, jetant son ombre sur ceux qui passent, ainsi Véronique se tient au bord de ton chemin. Pourquoi ? Prise de pitié sans doute, peut-être même d’amour, elle est venue pour que le Chemin de Croix soit toujours aussi Chemin de Compassion. Elle vint à toi dans l’élan simple de son cœur pour essuyer ton front. Et ton Visage, dit-on, fut imprimé sur le voile qu’elle tendait vers toi.

 

Cette légende, fruit de l’imagination et de l’amour d’un peuple croyant possède son mystère. Le voici :

tout ce qui est fait par amour, par qui que ce soit, l’Amour le lui rend bien et Dieu lui révèle son Visage. Entre Gethsémani où tu fus avec ton Père jusqu’à la descente de Croix où on te rendit à ta Mère, ce fut le seul face à face d’amour parmi tant d’autres, où il n’y avait que de la haine ou du mépris.

 

Elles t’ont compris…

Seigneur, sur le chemin de ta passion, que de rencontres ! Que de personnes qui t’entourent : Pierre, Jacques et jean au jardin des oliviers ; Judas avec toute la cohorte, qui te conduit au Calvaire : la foule de ceux qui ne te comprennent pas. Mais il y en a d’autres qui saisissent toujours et tout de suite : ce sont les femmes : celles qui t’ont suivi depuis la Galilée jusqu’à ce dernier jour ; et celles qui par hasard croisent ton chemin. La femme à Béthanie te parfume la tête en t’oignant avec du nard précieux, brisant son flacon d’albâtre. Elle a compris : en répandant ce parfum sur ton Corps elle prépare ton ensevelissement. « C’est vraiment une bonne oeuvre, dis-tu, qu’elle a accomplie pour moi’. Partout où sera proclamé cet Évangile dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d’elle, ce qu’elle a fa i t » (Mt 2 6, 10 s).

 

La femme de Pilate, elle aussi, devine ton secret : « Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce Juste, car aujourd’hui j’ai été très affectée dans un songe à cause de lui » (Mt 27, 19). En bas de la Croix il y a Marie, la sœur de ta Mère, la femme de Cléophas, Marie, la mère de Jacques et de joseph, et celle des fils de Zébédée, Salomé et Marie-Madeleine. Derrière tes yeux voilés par la douleur, elles découvrent ton visage, le visage caché de Dieu : la sainte Face. Avec l’épouse du Cantique, elles te disent « Mon Bien-aimé est frais et vermeil, il se reconnaît entre dix mille. Sa tête d’or, est d’un or pur ses boucles sont des palmes noires comme le corbeau. Ses yeux sont des colombes, sur l’eau d’un bassin, se baignant dans le lait… et tout en lui n’est que charme. Tel est mon Bien-aimé, tel est mon ami » (Ct 5, 10-12. 16).

 

Seigneur Jésus, ce sont les femmes qui les premières perçoivent ton mystère, jadis et de nos jours, de Marie-Madeleine à Thérèse de Lisieux, - Thérèse de la sainte Face - et avec elles, ce cortège innombrable de celles qui n’ont fait que te regarder avec amour.

Je cherche le visage,

le visage du Seigneur,

Je cherche son image,

tout au fond de vos coeurs.

 

 

 

 

7. Il tombe une seconde fois

 

Ph 2, 7

« Il s’anéantit lui-même, devenant semblable aux hommes »

 

La seconde fois…

Seigneur, tu es tombé une seconde fois à cause de nous ; pour nous faire comprendre que même si nous tombons pour la seconde fois, tu ne nous condamnes pas. La seconde chute aussi, tu la prends sur toi pour nous en relever et nous guérir. Tomber une seconde fois ne se fait plus par surprise, par inadvertance. Non, cette fois, c’est voulu, c’est fait en connaissance de cause; la chute est préparée, on en connaît l’enjeu, la chute de ceux « qui une fois ont été illuminés, qui ont goûté au don céleste, qui sont devenus participants de l’Esprit-Saint » (He 6, 4). Cette fois-ci encore, Seigneur, tu nous remets debout et tu restaures en nous l’image de Dieu. Car près de toi se trouvent la miséricorde et le pardon. Seigneur, tu aimes tout ce qui’ est vivant

 

Nous qui te quittons pour la seconde fois, « fais-nous revenir à toi, Seigneur, et nous reviendrons » (Lm 5, 21). Accorde-nous l’espace et le temps suffisant pour revenir a toi, Dieu de miséricorde, Père clément, Dieu de consolation. Tu nous l’accorderas ; car il est écrit : « Tu as pitié de tous, Seigneur, parce que tu peux tout, tu fermes les yeux sur les péchés des hommes, pour qu’ils se repentent. Oui, tu aimes tous les êtres, tu n’as pas de dégoût pour rien de ce que tu as fait. Car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé, mais tu épargnes tout parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie » (Sg 11, 23-24. 26). Seigneur, lorsque nous fléchissons, une fois encore, reprends-nous, et garde-nous dans ton amour.

 

 

Oui je me lèverai, et j'irai vers mon Père.

Mon coeur a dit je cherche ta face,

Entends mon cri, pitié réponds-moi.

 

 

 

 

8. Les femmes de Jérusalem

 

Ga 4, 26

« La Jérusalem d’en-haut est notre mère »

 

Jérusalem, cité terrestre

Seigneur jésus, elle ne t’a pas reconnu, Jérusalem, ta propre ville ; elle qui t’accueillit l’espace d’un jour avec des palmes et des chants, ne t’a pas reconnu. Si souvent tu étais monté vers elle en pèlerinage. Tu avais parlé dans son enceinte, multiplié les prodiges dans ses rues et sur ses places. C’est entre ses murs que tu voulus prendre ton dernier repas, que tu te donnas en nourriture : ton corps et ton sang. Pourtant c’était ta ville bien-aimée, l’épouse choisie, parée pour son Epoux. Mais à peine les chants s’étaient-ils tus, les palmes défraîchies, que cette même Jérusalem t’a vomi hors de ses murs, vers Golgotha, le mont du crâne.

 

Tu le savais déjà le jour où tu prophétisas : « Jérusalem, qui tues les prophètes, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, mais vous n’avez pas voulu ! » (Mt 23, 37). Tu avais pleuré d’avance, Seigneur, cette Jérusalem d’en bas, cité terrestre, qui tue les prophètes et qui lapide les messagers de Dieu.

 

Jérusalem, cité céleste

Mais par ta mort sur la Croix, Seigneur, tu as fondé la nouvelle Jérusalem, celle d’en-haut, la cité céleste l’Église notre mère. À l’heure où tu passes à la Jérusalem nouvelle, voici les femmes de la Jérusalem ancienne qui viennent te plaindre et te consoler. En ce printemps de ton exode pascal, tu leur parles du bois sec qui reste de l’hiver et du bois vert qui va fleurir bientôt sur l’arbre de ta Croix. Tu dis : « Si l’on traite ainsi l’arbre vert qu’en sera-t-il de l’arbre sec » (Lc 23, 31). Cette parole est dite pour nous aussi, qui sommes les enfants de la Jérusalem nouvelle, les fils et filles de l’Église.

 

Nous ne pouvons nous passer de prophètes qui parlent de ce bois sec qui reste en nous tous et dans l’Église. Car, même s’il est vrai que nous sommes membres de la Cité nouvelle, nous portons toujours les traces du vieil homme. Le prince des ténèbres, le séducteur, ne cesse de nous amener jusqu’au faîte du Temple pour nous tenter, nous demander de tomber à ses pieds pour l’adorer. « Soyez sobres et vigilants, nous dit saint Pierre, votre partie adverse, le diable, rôde. Résistez-lui fermes dans la foi ! » (1 P 5, 8-9).

 

Au milieu de la ville, il y a un arbre

Seigneur, nous te prions pour ton Église, la nouvelle Jérusalem et notre mère : nettoie-la du bois mort de nos péchés, pour planter en elle le bois vert de ta Croix. Que ton Église soit un lieu de conversion et de pardon, le lieu où l’on écoute les prophètes, et les accueille comme tes Anges. Baigne ta Cité, Seigneur, dans l’eau du fleuve du nouveau paradis qui prend son origine dans ton cœur transpercé, le fleuve de vie pour la guérison et le salut de toutes les nations.

 

Changez vos coeurs,

croyez à la Bonne Nouvelle,

Changez vos coeurs,

croyez que Dieu vous aime.

Je ne viens pas pour condamner le monde,

Je viens pour que le monde soit sauvé.

 

 

 

9. La troisième chute

 

1 R 19, 4

« Il alla s’asseoir sous un genêt. Il souhaita de mourir et dit : C’en est assez maintenant, Yahvé ! »

 

Jusqu’à trois fois

Sur le chemin du Calvaire, Seigneur Jésus, Tu es tombé une troisième fois. Ainsi l’ont voulu les générations avant nous qui ont médité avec amour le chemin de ta Passion. Il fallait que tu tombes une troisième fois, pour que soit accomplie la mesure de l’Amour qui est sans mesure. Ainsi le premier Vendredi saint tu t’agenouillas trois fois avant d’embrasser ta Croix pour y mourir. Depuis lors, avant d’adorer ta Croix au cours de la liturgie de la Passion, l’Église continue à faire comme toi, elle plie le genou jusqu’à trois fois ; pour que le respect et l’amour atteignent ainsi leur pleine mesure.

 

La troisième chute :

celle du découragement.

Ce n’est plus la première chute, celle qui surprend, ni la seconde qui était préparée, voulue, et puis commise en connaissance de cause. La troisième chute est celle de la grande tentation, la tentation du désespoir. C’est le moment où, comme Élie, après une longue marche, au beau milieu de la vie

nous nous asseyons sous un genêt en disant au Seigneur : « C’en est assez maintenant, Seigneur ! prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères » (cf 1 R 19, 4). Seigneur Jésus, est-ce bien cela que toi aussi, tu éprouvas cette nuit-là au jardin, sous les oliviers ? Était-ce cela qui te fit dire, toi, fils de Dieu et plus que jamais fils des hommes, face contre terre, inlassablement : « Père, s’il est possible, que cette coure passe loin de moi ! » (Mt 26, 39). Ta détresse fut-elle donc si accablante que tu imploras pitié et que ta sueur devint comme des grosses gouttes de sang qui tombaient à terre (cf. Lc 22, 44) ?

 

«Ce temps qui est le nôtre, si magnifique

et tragique à la fois » (Testament de Paul VI)

Seigneur, l’Église de nos jours vit elle aussi son Gethsémani, son heure d’angoisse ; elle aussi vit des moments sublimes et tragiques, des heures d’ombre et de lumière. Elle porte de jour en jour le poids de toutes les souffrances de ce monde en flammes. Car c’est aux quatre coins de la terre que l’on s’attaque à toi et à tous les enfants, aux plus petits d’abord. La guerre, la faim et l’oppression,

le massacre des innocents, depuis Bethléem toujours recommencé ! Que ne fait-on de tes enfants, Seigneur ? On les jette en prison, on les condamne sans motif, on les exécute sans aucune forme de procès. Arrête-les, Seigneur, les guerriers et les tyrans, à l’est et à l’ouest, arrête-les, pendant qu’il est encore temps. Aie pitié, Seigneur, de tes enfants, des pauvres dont tu as dit que nous les aurions toujours avec nous. Montre-les et brise notre cœur ; nous sommes souvent si durs, tombés jusqu’à trois fois. Ô Christ, prends pitié.

 

Agneau de Dieu qui prend nos péchés (bis)

Tu donnes Vie au monde, vie,

Tu donnes Vie au monde.

 

 

10. Il est dépouillé

de ses vêtements

Jn 19, 24

« Ainsi s’accomplissait l’Écriture : ils se sont partagé mes habits ils ont tiré au sort mon vêtement »

 

Tu n’as rien gardé pour toi

Seigneur, dépouillé de tes vêtements, te voici en tout semblable aux plus pauvres. Pauvre tu naquis, pauvre tu as vécu, pauvre et nu tu retournes à ton Père. Sur le bois de la Croix comme dans la crèche, tu t’es dépossédé de tout » Tu ne gardes rien pour toi’ sauf une couronne d’épines comme si au milieu d’un tel dénuement tu ne voulus pas que te soit enlevé le dernier signe déroutant de ta royauté.

 

Pour que toute l’Écriture soit accomplie

Jusque dans ton dépouillement sur la Croix, tu t’es fait obéissant, pour accomplir tout ce qui fut écrit dans la Loi et les Prophètes : Pas un seul point du scénario de ta vie et de ta mort, qui n’ait été décrit d’avance par les psalmistes et les prophètes. « Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement » (Ps 22, 19). Et ce qui fut écrit, fut accompli. Le cri suprême de ton agonie, tu l’empruntes encore à l’Écriture pour que ton obéissance soit parfaite « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi’ m’as-tu abandonné » (Ps 22, 1). Même au-delà de ta mort tu veux que les prophéties se vérifient : on ne te brise pas les os, on te transperce le cœur, afin que « les prophéties soient trouvées véridiques » (Si 36, 15). « Le Seigneur garde tous ses os, pas un ne sera brisé » (Ps 34, 21, Ex 12, 46), et : « Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé » (Za 12, 10).

 

Dieu continue a nous parler par son Esprit

Accorde à ton Église, Seigneur, cette même obéissance a tout ce qui est dit d’elle dans les Écritures. Transforme son cœur à l’écoute de ta Parole ; qu’elle n’entreprenne rien qui ne soit conforme à ta volonté. Qu’elle soit docile à l’Esprit-Saint qui a parlé par les prophètes, et qui ne cesse de parler tous les jours jusqu’à ton retour dans la gloire. Que ton Esprit, Seigneur, anime ton Église : il est son âme, sa respiration. Seigneur jésus, garde ton Église dans cette humble écoute, dans l’obéissance joyeuse jusqu’au jour où elle pourra répéter après toi : que « Tout est achevé » (Jn 19, 30).

 

Donne-nous Seigneur, un coeur nouveau,

Mets en nolus Seigneur, un esprit nouveau.

 

 

11. La mise en croix

 

Jn 19, 19-20 b

« Pilate rédigea aussi un écriteau, et le fit mettre sur la Croix. Il portait ces mots : jésus le Nazaréen, le roi des juifs. L’écriteau était rédigé en hébreu, en latin et en grec. »

 

Seigneur, cloué à l’arbre de la Croix, tes disciples t’ont abandonné ; ceux qui auraient dû annoncer au monde qui tu étais, ils t’ont tous renié, a commencer par Pierre. Arrive alors Pilate ; et c’est lui qui va te révéler sans le savoir, lui, le païen ; au-dessus de ta tête, il fait mettre sur la Croix une inscription qui proclame devant le monde entier, qui tu es. Par trois fois, Pilate proclame ta royauté : « Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs » (Jn 19, 19) ; et pour que tous comprennent jusqu’aux extrémités du monde, ce fut écrit en hébreu, en grec et en latin. « Beaucoup de Juifs le lurent, car le lieu où Jésus fut mis en Croix est proche de la ville » (Jn 19, 20). Qui peut en douter encore ? Oui, tu es Roi.

 

O mon peuple, que t'ais-je fait ?

En quoi t'ais-je contristé ? Réponds-moi

Seigneur, élevé sur la Croix, tu ne cesses de nous dire chaque Vendredi saint : O mon peuple, que t’ai-je fait En quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi. Dis-moi, y a-t-il un bienfait, un seul, dont je ne t’ai pas comblé ?

 

Moi, je t’ai planté ma plus belle vigne et tu n’as eu pour moi qu’amertume. Toi, tu ne m’as donné que du vinaigre pour ma soif. je t’ai fait sortir d’Égypte. Moi, j’ai englouti le Pharaon, je l’ai noyé dans la mer rouge ; et toi, tu n’as fait que me livrer entre les mains des grands prêtres ! Devant toi, j’ouvris la mer, mais toi, tu m’as ouvert le cœur d’un coup de lance. J’ai fait pleuvoir pour toi la manne dans le désert ; toi, tu n’as fait que me frapper, me flageller, me couronner d’épines. Dis-moi, mon peuple, y a-t-il un bienfait, un seul, dont je ne t’ai pas comblé ?

 

Aux eaux vives du rocher, je t’ai fait boire le salut. Toi, tu me fis boire le fiel, tu m’abreuvas de vinaigre. Dans ta main J’ai mis le sceptre, pour toi J’ai frappé les rois et les puissants ; toi, tu as mis sur ma tête la couronne d’épines. Dis-moi, mon peuple, y a-t-il un bienfait, un seul, dont je ne t’ai pas comblé ?

 

Je t’ai, par ma toute-puissance, exalté ; toi, tu m’as pendu au gibet de la Croix. O mon peuple, que t’ai je fait ? En quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi.

 

Nous ne savons pas ce que nous faisons !

Dieu notre Père, pardonne-nous : nous ne savons pas ce que nous avons fait. Fais-nous la grâce de nous ressaisir par la contemplation de celui que nous avons transpercé. Fais-nous la grâce de louer celui que nous avons injurié et dont nous avons fait l’objet de notre dérision. Maintenant que nous savons ce que nous lui avons fait, écoute notre prière. Comme le bon larron, nous lui disons : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume » (Lc 23, 42).

 

Mystère du Calvaire,

Scandale de la Croix :

Le maître de la terre

Esclave sur ce bois !

Victime dérisoire,

Toi seul es le Sauveur,

Toi seul le roi de gloire,

Au rang des malfaiteurs.

 

 

12. L’heure où il fut exalté

 

Jn 19, 30

« Tout est achevé »

 

L’heure

Seigneur, voici l’heure, tant attendue et désirée, ton heure. Entrant dans le monde, tu avais dit à ton Père : « Sacrifices ni oblations, tu n’as pas voulus ; Me voici pour faire ta volonté » (He 10, 8-9). L’amour pour les hommes qui t’as fait quitter le trône du Père est arrivé maintenant à son point culminant ; ceux que tu as aimés dès le début, tu les aimes jusqu’à la fin. À Bethléem, tu t’es anéanti toi-même, prenant condition d’esclave en devenant semblable aux hommes. Au Golgotha, tu t’humilies plus encore ; tu es obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une Croix. Mais aussitôt ton Père t’a exalté pour te donner un nom qui est au-dessus de tout nom (cf. Ph 2, 7-9).

 

« Jésus, jetant un grand cri, expira. » (Mc 15, 37)

Seigneur, c’est l’heure de dire adieu a ceux qui te sont les plus chers : Marie et Jean. Tu les donnes l’un à l’autre. Toi, tu restes seul, pour t’offrir en sacrifice à ton Père, consommé par le feu de l’Esprit-Saint. Désormais, le ciel et la terre sont réconciliés ; la Nouvelle Alliance est conclue, scellée dans le sang du Crucifié. Tu pousses ton dernier cri. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi. m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46). Mais en cet instant suprême, le Père est là, présent : tu penches la tête, et tu t’endors entre ses mains. Car l’heure où tu glisses dans la mort, c’est en même temps l’heure de ton réveil auprès du Père.

 

« Il rendit l’Esprit » (Jn 19, 3 0)

En expirant sur la Croix, Seigneur, tu nous as donné l’Esprit. Donne-le à ton Église entière ; comme nous le dit saint jean, ton dernier soupir était déjà le premier souffle de Pentecôte. Aussitôt les fruits de la Croix abondent : l’eau et le sang sortent de ton côté percé ; l’eau du baptême et le sang précieux dans les calices partout où ton Église célèbre le mémorial de la Pâque. Baptême et eucharistie : ce sont deux fleuves qui arrosent le paradis retrouvé. Sur ton Église descendent maintenant les fruits de l’Esprit : « charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5, 22).

 

Il descendit aux Enfers

Tout est accompli, Seigneur, et tu descends au séjour des morts. Comme Dieu se promenant au paradis à la brise du soir, a ton tour tu cries : « Adam, où es-tu ? » (Gn 3, 9). Et voici : Adam n’a plus peur, il ne se cache plus, mais il se hâte à ta rencontre ; il mange du fruit du nouvel arbre de vie,

l’arbre de ta Croix. Adam voit comment le fruit de cet arbre est bon à manger, séduisant à voir et désirable. Il prend de son fruit et il mange (cf. Gn 3, 6).

 

Nous chantons la Croix du Seigneur,

Qui se dresse sur l’univers,

Comme un signe éclatant,

de la gloire de notre Dieu.

 

 

13. La descente de la croix

 

Mt 27, 54

« Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient jésus, ils dirent : Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu. »

 

À l’heure fixée parle Père

Seigneur Jésus, tu ne descends pas de la Croix à la demande des passants, grands prêtres, scribes ou anciens, lorsqu’ils te disent : « Si tu es fils de Dieu, descend donc de la Croix ! » (Mt 27, 40). Tu ne réagis pas, car tu n’as jamais fait de miracle pour toi-même. Pas plus maintenant, élevé sur la Croix,

qu’au jour où sur le mur du Temple le Tentateur te dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et ils te porteront dans leurs mains, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre » (Mt 4, 6). Non, Seigneur, tu ne descends de la Croix qu’à l’heure fixée par le Père. « Car tout Fils que tu étais, tu appris de ce que tu souffris, l’obéissance, ainsi étant rendu parfait, tu es devenu pour tous ceux qui t’obéissent principe de salut éternel » (He 5, 8-9).

 

De la Croix au tombeau

Doucement on te fait glisser, Seigneur, des bras de la Croix entre ceux de ta Mère. Comme à Bethléem elle t’étreint ; que d’événements entre cette Crèche et la Croix ! Mais elle est toujours là, ta Mère. Elle ne te quitte pas. La voyant debout sous la Croix tu l’appelles ‘Femme’, parole distante et dure pour une mère qui voit mourir son fils. Mais tu la places ainsi parmi la multitude innombrable de celles qui depuis toujours sont habitées par le sens des berceaux et des tombes. Elles sont présentes à toute vie qui commence ; et elles sont toujours là pour consoler à l’heure de la mort. Elles réconcilient les hommes avec la vie comme avec la mort. Elles rendent la vérité moins dure.

 

Voici que tout commence !

Marie porte un mort dans ses bras. Mais est-il bien vrai que tout est fini ? Non ! On va découvrir enfin le secret des choses. Tout ce qui est arrivé recelait un mystère : celui qui meurt sur la Croix est le Seigneur de la vie ; son séjour dans la tombe est un hiver qui ne durera que trois jours, tout juste ce qu’il faut pour que le grain, tombé en terre, ait le temps de germer.

 

Corps du Christ, livré pour nous !

Sang du Christ, versé pour nous !

 

 

 

14. Le tombeau neuf

 

Jn 19, 39

« Il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres »

 

 

Le soir du Vendredi saint

Au soir du Vendredi saint, Seigneur, tout est différent. C’est l’heure où la foi avec un regard neuf, perce le mystère des choses et des événements. Le lieu de ton supplice se transforme en un jardin paisible où tu dors. À peine ton côté a-t-il été ouvert que les sarcasmes s’arrêtent d’un coup, pour faire place a une profession de foi de la bouche des témoins. Le centurion et ses gardes disent « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu » (Mt 2 7, 5 4). Puis, comme des oiseaux après l’orage, tous ceux qui jusque-là avaient si peur, te reviennent de partout. Joseph d’Arimathie, le pusillanime, disciple, mais en secret, par crainte des juifs. Il se rend chez Pilate pour lui demander publiquement le corps de Jésus. Et Nicodème, lui qui était venu la nuit, revient en plein jour. À Jésus, qui durant toute sa vie n’avait jamais eu de pierre où reposer la tête, il donne son tombeau neuf. Le corps oint jadis à Béthanie, en vue de son ensevelissement, voici qu’il repose sur un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres. Tout ce qu’il avait, même le tissu qui le ceinturait, on lui a tout arraché : mais voici la toile fine, fraîche de senteurs printanières, des bandages propres pour ses plaies, et le suaire pour lui ceindre la tête. Quelle sépulture royale pour un pauvre ! Couché sur un lit de fleurs aromatiques, il repose, portant une tunique immaculée.

 

Quand la fraîcheur du soir tombait…

Quand la fraîcheur du soir tombait, Adam commit le grand péché. Le soir aussi fut expiée la faute. C’est vers le soir que la colombe vint apporter le vert rameau. O doux moment ! Heure ineffable ! Voici la paix conclue avec le ciel, scellée par Jésus sur la Croix. Son corps repose enfin. Ah ! dans mon âme, Seigneur viens, je réclame, moi aussi, le corps du Maître : Trésor sans prix, d’amour sublime gage ! (J.S. BACH, La passion selon saint Matthieu, récitatif n ° 74).

 

« Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, à mon tour, Je me déclarerai pour lui devant mon Père » (Mt 10, 32)

Par ta mort, attire-nous vers toi, Seigneur, que nous te recherchions non dans le secret, mais dans la lumière, ouvertement. Change-nous, comme tu changeas Joseph d’Arimathie et Nicodème. Alors nous qui te cherchions - dans le secret - nous viendrons à toi sans avoir peur, portant le baume et les linges pour ton ensevelissement.

 

Ah, Seigneur, fais que ton ange porte à mon dernier instant mon âme au paradis, fais que mon corps repose en paix, sans douleur ni peine, jusqu’au jugement dernier ! Que lorsque je m’éveillerai, mes yeux te voient, dans la joie, ô Fils de Dieu, Seigneur et trône de miséricorde ! Seigneur Jésus-Christ, exauce-moi, je te louerai éternellement !

(J. S. BACH, La passion selon saint Jean, choral final, n° 68).

 

Grain de blé qui tombe en terre,

si tu ne meurs pas,

Tu resteras solitaire,

Ne germera pas.

 

Qui à Jésus s’abandonne, trouvera la vie,

Heureux l’homme qui se donne,

Il sera béni.

 

 

15. Le ressuscité

 

Jn 20, 16

« Jésus lui dit : Marie ! Elle le reconnut et lui dit en hébreu ; ‘Rabbouni !’, c’est-à-dire : ‘Maître’. »

 

«Le disciple que Jésus aimait entra ;

il vit et il crut » (Jn 20, 8)

Seigneur ressuscité, dans la fraîcheur du matin, Marie-Madeleine arrive au sépulcre. La pierre est roulée de côté : ou a-t-on mis, son Sauveur ? Elle avertit Pierre et Jean, les piliers de l’Église : ils viennent et ils voient. Pierre entre le premier et il regarde. Comme c’est étrange : les bandages sont roulés, le suaire plié, dans un coin à part. jean, le plus jeune, qui était là le premier, il n’entre pas, il attend. Mais quand à son tour il pénètre à l’intérieur, il voit et il croit.

 

Croire sans avoir vu

Aimer sans s’emparer

Marie est là ; elle pleure ; et en pleurant, elle se penche vers le tombeau. Soudain, tu es là, Seigneur, derrière elle. Elle se retourne mais ne te reconnaît pas. Tu ne ressembles plus au Maître, prêchant sur la montagne, ni au Grand Prêtre s’offrant sur la Croix ; tu es un simple jardinier. Elle ne te reconnaît pas, elle qui t’a côtoyé, jour après jour, sur les chemins de Galilée et à Jérusalem. C’est alors que tu l’appelles : « Marie ». Et à ta voix, elle te reconnaît ; elle ne doute plus, c’est toi, Seigneur. Rabbouni’ répond-elle, ce qui veut dire : ‘Maître », et dans son élan, elle tend les bras pour te saisir. Mais tu l’arrêtes ; elle ne sait pas encore que désormais le regard de la foi remplace celui des yeux du corps et qu’il faudra aimer sans vouloir s’emparer de celui qu’on aime. C’est pourquoi, Seigneur, tu la renvoies immédiatement, chargée d’une mission : « Va trouver les frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17).

 

L’Agneau, debout et transpercé

Jésus, Rabbouni, Seigneur ressuscité, appelle-nous par notre nom, comme tu fis pour Marie. Par l’intercession de celle que depuis ce jour, l’Église appelle : ‘l’apôtre des apôtres’, donne-nous la vraie joie pascale. Rassemble-nous dans le jardin du nouveau paradis, où se tient l’Agneau debout, bien que transpercé ; montre-nous la fontaine d’eau vive : l’eau baptismale qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. Montre-nous le bois fleuri de ta Croix, planté sur les rives du fleuve baignant la ville : la nouvelle Jérusalem, l’Église. Les feuilles de cet arbre en fleurs sont source de guérison pour tous les peuples et ses fruits nous procurent la joie de la vie éternelle.

 

Heureux sommes-nous qui avons lavé nos vêtements dans le sang de l’Agneau et goûté les fruits du nouvel arbre. Seigneur, tu te tiens à la porte et tu frappes : entre et partage notre repas. Amen. Viens, Seigneur Jésus.

 

Il est vraiment ressuscité,

Pourquoi chercher parmi les morts ?

Il est vivant comme il l’a promis,

Alleluia !