Chemin de croix
Texte (1936) de Valentin M. Breton, o.f.m. (+ 1957)
adapté par Gérard Guitton, o.f.m. Éd.
Franciscaines.
« De la crèche à la croix »
1. Jésus
est condamné à mort
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, l’ombre de la croix planait
déjà sur la crèche de ta joyeuse naissance.
Tandis que les bergers, convoqués par les anges, et les
mages, guidés par l’étoile, se réjouissaient de la
venue de leur Sauveur, tu commençais à payer le prix de toutes
nos fautes, nous les fidèles qui avons pourtant été
instruits par l’Église. Quand, debout devant Pilate, tu
l’entends te condamner à la croix, tu reconnais la sentence jadis
portée par le cruel Hérode et que déjà tu avais
acceptée dans ton cœur d’enfant.
Tu es le pauvre Seigneur Jésus,
en toi la gloire éternelle de Dieu
Jésus, qui par amour pour nous as voulu faire de la
crèche le prélude à la croix, accorde-nous la grâce
de comprendre cet amour et de nous en rendre dignes.
2. Jésus est chargé de la croix
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, la nudité et la pauvreté de la
crèche ont préparé pour toi la rudesse du
dépouillement de la croix. En regardant cette croix lourdement
jetée sur tes épaules, je revois la crèche où tu as
été déposé dans la hâte. L’une et
l’autre ont été façonnées par les mêmes
artisans, c’est-à-dire ton amour d’une part et nos
péchés d’autre part.
Oui, ton amour t’a fait préférer une
crèche dans une étable, comme il t’a fait accepter
librement cette croix humiliante ; oui, nos péchés, nos
lâchetés, nos refus d’amour, ont entraîné la
même indigence et la même honte, à Bethléem comme au
Golgotha.
O Croix sagesse suprême,
O croix de Jésus-Christ ! (bis)
Le Fils de Dieu lui-même
Jusqu’à la mort obéit ;
Ton dénuement est extrême
O Croix de Jésus-Christ !
Jésus, qui par amour pour nous as accepté
depuis la crèche les souffrances de la croix, accorde-nous la
grâce de comprendre cet amour et de marcher à ta suite.
3. Jésus tombe
pour la première fois
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, tes chutes sous la croix ont eu leur annonce
dans l’abaissement de ta naissance à la crèche de
Bethléem. Le Dieu fort et puissant, la Sagesse du Père, le
Créateur des mondes, se manifestait là sous les apparences
d’un enfant sans parole, sans action.
Ici, c’est dans la réalité d’un
homme misérable, épuisé, incapable de porter
jusqu’au lieu de son supplice la croix qu’il a acceptée pour
lui et qu’il a proposée à ceux qui le suivaient !
Humiliation et mépris de soi !
Si l’espérance t’a fait marcher
plus loin que ta peur (bis)
Tu auras les yeux levés,
Alors tu pourras tenir, jusqu’au soleil de Dieu.
Jésus, accorde-moi la grâce de connaître
et d’avouer ma faiblesse, de me défier de ma fausse sagesse et de
ma présomption. Par ton anéantissement dans la crèche et
sous la croix, apporte-moi la guérison de mon orgueil et sauve-moi du
péché.
4. Jésus rencontre sa mère
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
L’ombre de la croix enveloppait déjà ta
sainte Mère à la crèche de Noël ; et par un
mystère qui nous dépasse, sans rien lui enlever des joies de la
maternité, elle pénétrait déjà son cœur
de toutes les angoisses de cette rencontre.
Cet enfant, elle avait été heureuse de le
contempler une première fois, dès avant sa naissance ! Elle
comprenait aussi qu’elle devrait un jour s’en séparer pour
le livrer au monde pécheur qu’il était venu sauver. Mais
où Marie s’est-elle montrée la plus généreuse
? À la crèche, sur le chemin du Calvaire ou au pied de la croix ?
Jésus, toi seul le sais, toi qui as formé le cœur de ta
mère !
Vierge au cœur transpercé,
viens guider nos pas ;
Vierge au pied de la croix,
éclaire notre route ;
Vierge de ceux qui souffrent,
donne-nous ton Fils.
Seigneur, toi qui seul as pénétré le
cœur de Marie, accorde-nous de connaître le généreux
amour de ce cœur virginal et de ne jamais le contrister par nos
péchés.
Je te salue Marie !
pleine de grâce ...
5. Jésus est aidé
par Simon de Cyrène
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
À Bethléem, nous avons vu les habitants
incrédules refuser l’hospitalité à ta mère
qui allait t’enfanter, mais nous avons vu aussi les bergers venir
t’assister et se réjouir avec tes parents.
Sur le chemin de la croix, nous voyons Simon de
Cyrène accepter de t’aider à porter le lourd fardeau ;
alors qu’il ne savait ni qui tu étais ni pourquoi tu étais
condamné, il a eu la simplicité du pauvre qui ne se
détourne pas d’un autre pauvre qui a besoin de lui.
Où sont amour et charité,
Dieu lui-même est présent,
Car l’amour est de Dieu,
Car Dieu est amour.
Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit
Ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas ;
Voilà le commandement que nous avons reçu de
lui,
Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.
Jésus, en mémoire de la crèche et de ta
croix, accorde-nous cette intelligence du cœur qui obéit à
la parole de la parabole : « J’ai eu froid, j’ai eu faim et
soif, j’étais nu et sans abri… et vous m’avez assisté…
Venez, les bénis de mon Père… »
6. Véronique essuie
le visage de Jésus
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, sur le chemin de la croix, tu as trouvé
la compassion de cette femme. Avais-tu, à Bethléem, pour te
servir, toi et ta mère, une femme attentive et généreuse,
nous ne le savons pas. Qui a songé, à la crèche, en dehors
de Marie, à tes souffrances déjà sans consolateur ?
Mais sur le chemin de la croix, la tradition nous dit
qu’une femme s’est avancée et a essuyé la sueur qui
coulait de ton visage. Et tu as révélé ainsi à
Véronique, malgré toutes tes souffrances, un visage de douceur,
de patience et de bonté
Je cherche le visage,
le visage du Seigneur,
Je cherche son image,
tout au fond de vos cœurs
Jésus, qui, par amour pour nous, a déjà
accepté la souffrance depuis ta naissance et jusqu’à la
croix, accorde-nous la grâce de découvrir la délicatesse de
ton amour et de n’en jamais douter, quelles que soient nos
épreuves et nos faiblesses.
7. Jésus tombe
pour la seconde fois
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, plus tu avances, et plus tes souffrances sont
totales. En regardant ta chute sur le chemin du Calvaire, nous nous souvenons
d’un autre chemin de douleur et d’humiliation, quand tes parents
fuyaient la cruauté d’Hérode sur la route
d’Égypte et qu’ils ont chuté de fatigue en te portant
dans leurs bras.
Ici ce sont nos légèretés et nos
abandons qui te font chuter sous le poids de la croix. Depuis ta naissance, tu
ploies en silence sous le poids de la lâcheté des hommes.
Oui je me lèverai, et j'irai vers mon Père.
Mon cœur a dit je cherche ta face,
Entends mon cri, pitié réponds-moi.
Jésus, ouvre nos cœurs à ton amour, toi
qui as accepté la souffrance depuis ta naissance jusqu’à la
mort de la croix. Ne permets pas que par légèreté ou
insouciance nous passions à côté du vrai sens de ta vie et
de la nôtre qui est de vivre par amour de ton amour.
8. Jésus rencontre
les femmes de Jérusalem
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, la parole de ta croix retentit sur ta
crèche : « Si le bois vert est ainsi traité, qu’en
sera-t-il du bois sec ? »
Si le Fils du Dieu saint et de la Vierge Marie, qui ne
portait que l’aspect extérieur du péché, a subi
l’abaissement de la crèche et de la croix, que deviendrons-nous,
nous qui sommes pécheurs jusqu’au fond de notre être ? Et
nous ne le sommes pas seulement par notre aspect mais en réalité,
puisque nous avons ajouté au péché de notre origine nos
péchés personnels.
Changez vos cœurs,
croyez à la Bonne Nouvelle,
Changez vos cœurs,
croyez que Dieu vous aime.
Je ne viens pas pour condamner le monde,
Je viens pour que le monde soit sauvé.
Jésus nous te rendons grâces d’avoir, de
la crèche à la croix, expié par ta passion nos offenses,
et de nous avoir mérités de devenir enfants de Dieu. Accorde-nous
la grâce de comprendre ton amour infini et de nous en rendre dignes.
9. Jésus tombe
pour la troisième fois
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, la croix seule peut nous faire comprendre la
crèche la croix seule est la clé qui nous ouvre le mystère
de l’étable, le flambeau qui nous en éclaire la honte, la
multiple souffrance, le dénuement… Sans la croix, nous resterions devant
la crèche comme des enfants devant un étonnant spectacle,
regardant chaque détail avec la surprise d’un jeu… Nous ne
percerions pas le voile des apparences, nous ne percevrions pas les
appréhensions de saint Joseph, la compassion de la Mère, la passion
secrète de l’Enfant ! ...
Donne-nous Seigneur, un cœur nouveau,
Mets en nous Seigneur, un esprit nouveau.
Jésus, accorde-nous la grâce de réaliser
enfin le sens de notre vie, la vérité de ton enseignement, la
nécessité de te suivre de la crèche à la croix et
de la croix au ciel ; de comprendre ton amour et de nous en rendre dignes.
10. Jésus est dépouillé
de ses vêtements
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, ici, quelle parfaite figuration de la croix
par la crèche
Car te voici devant nous tel que Marie t’a
donné au monde. Et néanmoins, quelle différence dans la
similitude : car à Bethléem Marie se hâta de te vêtir
des langes que son amour, durant sa longue attente émerveillée,
avait préparés pour toi. Tandis qu’ici, les vêtements
que ses mains maternelles avaient sans doute encore tissés, sont
violemment arrachés de ton corps déchiré de blessures !
Agneau de Dieu qui prend nos péchés (bis)
Tu donnes Vie au monde, vie,
Tu donnes Vie au monde.
Ô corps divinement né de la chair de Marie,
prix de notre rançon, nous t’adorons dans la crèche et sur
la croix, pour nous préparer à te recevoir dans l’hostie
consacrée ! Nous t’en prions, rends-nous dignes de manger cette
chair, née de la Vierge Marie, qui nous purifiera dans ton sang
versé pour nous.
11. Jésus est cloué à la croix
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, le mystère de la croix,
préfiguré dans la crèche, se dévoile à nous
dans l’hostie consacrée ; car Bethléem veut dire « la
maison du pain ».
Ici et là, immobilité, impuissance, silence,
abandon aux mains de ceux qui veulent te prendre, te toucher…
Jésus tu es à la fois emmailloté dans la crèche et
cloué sur la croix, et tu te donnes sous les espèces de ce pain
consacré ! Ne permets pas que jamais les mains qui te touchent soient
cruelles et sacrilèges comme celles de tes bourreaux ; mais
qu’elles soient respectueuses et douces comme celles de ta Mère.
Mystère du Calvaire,
Scandale de la Croix :
Le maître de la terre
Esclave sur ce bois !
Victime dérisoire,
Toi seul es le Sauveur,
Toi seul le roi de gloire,
Au rang des malfaiteurs.
Accorde à tous ceux qui te reçoivent dans leur
cœur de ne jamais séparer la croix de la crèche et de
l’hostie de l’eucharistie, afin de ne pas mépriser la
rudesse de ta naissance et de ta passion, mais d’y trouver au contraire
la suavité et la paix.
12. Jésus meurt sur la croix
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Et voici, en effet, Jésus, par un renversement digne
de ta grâce, le rayonnement de la crèche illuminera
désormais la Croix ! Car le mystère qui s’accomplit ici
n’est pas un mystère de mort, mais de vie : la
vérité de la croix doit être demandée à la
crèche ; la croix devient le berceau de notre renaissance ; c’est
pour nous engendrer à la vie que tu as accepté et la
crèche et la croix. Ici et là, tu es notre sauveur, le
Père de nos vies, notre salut vital.
Nous chantons la Croix du Seigneur,
Qui se dresse sur l’univers,
Comme un signe éclatant,
de la gloire de notre Dieu.
Jésus crucifié, prends pitié de nous ;
pour nous aimer, tu as uni la crèche de ta naissance à la croix
de ta mort ; accorde-nous la grâce de comprendre cet amour et de ne
jamais le rendre stérile par nos ingratitudes et nos
péchés.
13. Jésus est déposé de la croix
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, la douceur de ta crèche revient un
instant briller sur ta croix. En te recevant sur ses genoux et dans ses bras,
en contemplant ton corps exsangue, rompu et déchiré, ton visage
et tes yeux éteints, ta douce mère douloureusement se rappelle
t’avoir ainsi tenu, porté, bercé, couvert de ses baisers et
déjà de ses larmes ; sa joie d’alors était obscurcie
par la prophétie de l’épée de douleur qui
transpercerait ton âme. Aujourd’hui, sa douleur sans visage et sans
fond s’illumine quand même de bonheur ; elle sait que tu as
maintenant fini de souffrir !
Corps du Christ, livré pour nous !
Sang du Christ, versé pour nous !
Marie, mère de Jésus, toi qui as comme lui
connu la crèche sous l’ombre de la croix, et la croix dans le
rayonnement de la crèche, obtiens-nous de savoir t’aimer et de
t’imiter.
14. Jésus est mis au tombeau
Ta Croix ô Christ est notre lumière,
nous acclamons ta Résurrection
qui donne la Vie !
Jésus, la croix qui obscurcissait la crèche
rayonne maintenant au-dessus de ton tombeau comme au-dessus du berceau de ta
gloire. En vain, ajoutant aux souffrances de ta mort, aux humiliations de ta
passion, la haine de tes ennemis entourera ton sépulcre, comme la haine
d’Hérode avait entouré la crèche et son humiliation
de la sanglante immolation des Innocents. Ta puissance divine déjouera
la malice de tes persécuteurs. Tu triompheras de la mort, tu
ressusciteras glorieux et tu seras assis à la droite de Dieu.
Grain de blé qui tombe en terre,
si tu ne meurs pas,
Tu resteras solitaire,
Ne germera pas.
Qui à Jésus s’abandonne, trouvera la
vie,
Heureux l’homme qui se donne,
Il sera béni.
Jésus, dont l’amour pour nous se révèle en ton Incarnation par la crèche et en ta Rédemption par la croix, accorde-nous la grâce de répondre à ton amour par une confiante et généreuse imitation.
Prière finale
La croix pour nous rayonne maintenant au-dessus du
tabernacle, véritable Bethléem dont la « Maison du Pain
» de la Judée était la promesse et la figure. Et
l’eucharistie consommée est le gage de notre résurrection !
Jésus, dont l’amour pour nous, depuis la
crèche et en passant par la croix, se réalise maintenant par le
sacrifice eucharistique, accorde-nous la grâce en contemplant et en
consommant l’hostie, et de mériter d’en saisir tout le sens
par une sincère et généreuse imitation de ton amour pour
nous.
Saint François avait reçu la grâce de méditer sans cesse sur ces deux réalités : l’humilité manifestée par l’Incarnation, et l’amour manifesté par la Passion. Accorde-nous, comme lui, de savoir contempler la pauvreté de ta naissance et l’amour révélé dans ta passion et de nous rassasier de ton corps très saint que tu nous as laissé en nourriture. Amen.